Le député national élu de la ville de Bunia, Gratien de Saint-Nicolas Iracan, a vivement interpellé le gouvernement Congolais sur la dégradation continue de la situation sécuritaire et humanitaire en Ituri, lors de son intervention à l’Assemblée nationale consacrée à l’évaluation de l’état de siège.
Prenant la parole devant les élus nationaux, l’élu de Bunia a soutenu la nécessité d’une nouvelle évaluation de l’état de siège instauré dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu depuis 2021. Selon lui, cette démarche n’est pas nouvelle, rappelant qu’une première évaluation avait déjà été menée avec l’implication des experts militaires, policiers ainsi que des ministères sectoriels concernés.
Dans un ton grave, Gratien Iracan a dénoncé ce qu’il qualifie de « chaos humanitaire » dans plusieurs zones de l’Ituri, particulièrement dans le territoire de Djugu. Il a affirmé que des centaines de civils ont perdu la vie depuis le début de l’année 2026, évoquant notamment 179 personnes tuées entre le 18 avril et le 11 mai dans la plaine de Savo et la zone de Blukwa.
« Toute la population vit en brousse », a-t-il déclaré, décrivant une situation dramatique où les habitants fuient les violences pour se réfugier dans des conditions précaires.
Le député national a également appelé le ministère de la Justice à diligenter des enquêtes afin d’identifier les auteurs des massacres visant des civils, parmi lesquels figurent, selon lui, des femmes, des enfants et des jeunes mineurs.
Abordant la menace des rebelles ADF, Gratien Iracan s’est interrogé sur les failles sécuritaires qui permettraient aux assaillants d’opérer jusque dans des centres urbains. Il a cité les attaques enregistrées récemment à Komanda et dans le territoire de Mambasa, estimant qu’il est nécessaire de renforcer les capacités des services de renseignement.
Au cours de son intervention, l’élu de Bunia a aussi dénoncé les intimidations et menaces dont certains députés auraient été victimes pendant l’état de siège. Il affirme avoir, à plusieurs reprises, alerté les autorités compétentes sans obtenir de réponse concrète.
Sur le plan social, Gratien Iracan a évoqué la situation des familles touchées par les travaux d’élargissement de l’aéroport de Murongo ainsi que certaines infrastructures routières à Bunia. Selon lui, plusieurs habitants dont les maisons ont été détruites attendent toujours une indemnisation complète malgré des engagements pris par le gouvernement.
Le député a enfin plaidé pour l’organisation d’une mission gouvernementale dans les camps de déplacés afin de permettre aux autorités judiciaires d’échanger directement avec les victimes et de mieux cerner la réalité vécue par les populations affectées par les violences armées en Ituri.
À travers cette intervention, Gratien Iracan relance le débat sur l’efficacité de l’état de siège, alors que les attaques contre les civils continuent d’endeuiller plusieurs territoires de l’Ituri.
Joël Heri Budjo