Face à l’épidémie d’Ebola en Ituri, les Enterrements Dignes et Sécurisés (EDS) restent l’un des piliers les plus sensibles de la riposte. Entre exigences sanitaires, pratiques culturelles profondément ancrées et nécessité de gagner la confiance des populations, les équipes de terrain évoluent dans un environnement où chaque décès représente un enjeu majeur pour couper la chaîne de transmission.
Lors d’une séance d’échanges avec les journalistes, le responsable du pilier EDS a reconnu que la mise en œuvre de ces activités n’a pas été sans difficultés depuis la déclaration officielle de l’épidémie le 15 mai. Selon lui, les premières étapes de la riposte ont été marquées par plusieurs obstacles, notamment la compréhension limitée de la maladie par certaines communautés, les résistances liées aux habitudes funéraires et les défis liés à la mobilisation rapide des ressources.
« Imaginez une famille habituée à laver le corps d’un proche décédé ou à lui rendre certains hommages traditionnels, puis qui se voit interdire tout contact avec le corps », a-t-il expliqué, soulignant la complexité de faire accepter des mesures sanitaires qui bouleversent les pratiques sociales.
La confiance communautaire, un facteur déterminant
Pour les équipes de riposte, l’acceptation communautaire demeure la clé de réussite des EDS. Le responsable du pilier a indiqué que les résistances observées au début de l’épidémie étaient en grande partie liées au manque d’information et à une faible implication des communautés dans la réponse.
Les efforts de communication et de sensibilisation auraient toutefois permis une amélioration progressive de la collaboration avec les familles. La population commence davantage à comprendre que la sécurisation des corps des personnes décédées vise avant tout à protéger les proches et à éviter de nouvelles contaminations.
Cette évolution a également permis une réduction des tensions sur le terrain. Les attaques enregistrées contre certaines équipes, notamment celles de la Croix-Rouge et de la Protection civile, ont été attribuées à un contexte initial de méfiance et d’incompréhension. Les agents blessés lors de ces incidents ont depuis été pris en charge et rétablis, selon les responsables.
Une couverture encore incomplète malgré les progrès
Sur le terrain, les équipes EDS reconnaissent que toutes les zones de santé ne sont pas encore totalement couvertes. La rapidité de propagation de l’épidémie, la mobilité importante des populations dans l’Est de la RDC et l’apparition progressive de nouveaux foyers ont compliqué le déploiement immédiat des équipes.
Toutefois, une stratégie de prépositionnement est en cours avec plusieurs partenaires, notamment la Croix-Rouge, FHI 360 et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), afin d’assurer une capacité d’intervention dans les différentes zones de santé. L’objectif affiché reste une couverture totale de toutes les alertes liées aux décès.
1 139 EDS réalisés sur 1 313 alertes
Sur le plan opérationnel, les responsables du pilier EDS ont communiqué des chiffres encourageants. Depuis le 15 juin, 1 313 alertes de décès ont été enregistrées, parmi lesquelles 1 139 Enterrements Dignes et Sécurisés ont été réalisés, soit un taux de couverture de 87 %.
Malgré cette progression, le défi demeure d’atteindre les 100 % de couverture, car certaines familles continuent encore d’organiser des enterrements avant l’arrivée des équipes spécialisées.
L’EDS, un combat sanitaire mais aussi social
Au-delà des chiffres, la question des Enterrements Dignes et Sécurisés révèle une réalité plus profonde : la lutte contre Ebola ne se joue pas uniquement dans les centres de traitement ou les laboratoires, mais aussi dans les communautés.
La riposte doit donc trouver un équilibre entre la protection sanitaire et le respect des réalités sociales. Car derrière chaque corps sécurisé se trouve une famille endeuillée, avec ses croyances, ses émotions et ses traditions.
En Ituri, la bataille contre Ebola apparaît ainsi comme une équation complexe où la science doit composer avec la culture. Le véritable défi reste désormais de transformer la confiance communautaire en une force durable pour stopper la transmission du virus.
Joël Heri Budjo