La rébellion de l’AFC/M23 continue la conquête des localités dans l’Est de la République Démocratique du Congo, notamment avec la chute de la ville stratégique d’Uvira, en province du Sud-Kivu. Dans ce contexte de tension sécuritaire marquée par la fracture de la classe politique, le Professeur Daddy Saleh et le journaliste chercheur Azarias Mokonzi interpellent la conscience des leaders politiques pour la quête des solutions participatives.
Uvira est tombé entre les mains de rebelles mercredi 10 décembre, après des violents affrontements dans les localités voisines en territoire d’Uvira. D’après le Professeur Daddy Saleh, expert en questions sécuritaires dans la sous-région, la chute d’Uvira risque d’externaliser le conflit dans la sous-région avec notamment l’implication de Burundi.
Il évoque la faiblesse des démarches diplomatiques du Gouvernement congolais, dont l’accord de paix de Washington et celui de Doha sur le cessez-le-feu, à contraindre les parties impliquées dans le conflit.
« En analysant les accords signés à Washington, il devrait y avoir retrait ou bien cessez-le-feu, mais là c’est totalement autre chose. Le conflit implique aussi directement le Burundi au regard des déclarations de Gitega, … La diplomatie va avec le rapport de force. Bien sûr si vous avez des alliés forts, vous pouvez vous supposer fort. Mais est-ce que les Américains sont vraiment les alliés forts de la RDC », s’interroge Prof Saleh.
Rôle et responsabilités des leaders politiques
Azarias Mokonzi, journaliste d'investigation, chroniqueur politique et chercheur en droit international, commente le rôle crucial et les responsabilités des leaders politiques, de la majorité au pouvoir à l’opposition, pendant cette période.
« La classe politique congolaise reste fracturée par une division indescriptible, teintée d'une méfiance palpable envers la population civile. D'une part, la majorité présidentielle, par la volonté du chef de l'État, cherche à tout contrôler et à monopoliser l'action publique au mépris des autres forces vives. D'autre part, l'opposition s'évertue à obtenir à tout prix le départ du président de la République, dont le mandat touche presque à sa fin », décrit-il.
Éveil de la conscience politique patriotique
D’après le chercheur en droit international, cette posture politique ne peut qu’accentuer la crise, au détriment des populations « sévèrement touchées » dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
« Je vous appelle à la conscience : le monde vous observe. Ayez une vision commune sur le Congo, en dépit de vos divergences », exhorte Azarias Mokonzi.
S'adressant à l’opposition, il déclare que « votre lutte contre la mauvaise gouvernance du régime en place peut et doit continuer, mais elle doit s'opérer tout en restant pleinement mobilisée contre la guerre qui nous est imposée par le Rwanda ».
Le Professeur Daddy Saleh estime également qu’il est plus que temps d’activer l’éveil de conscience patriotique pour freiner l’avancée de la rébellion.
« La question n’est pas de pleurer ou de se plaindre mais de constituer un rapport de force avec l’article 63 de la Constitution, où il y a déjà des Wazalendo aux côtés des Forces Armées de la RDC. Tout le peuple congolais doit s’y mettre avec l’éveil patriotique », préconise-t-il.
Selon le Gouvernement de la RDC, cette nouvelle escalade des violences au Sud-Kivu a contraint 200 000 personnes à la fuite et causé la mort d’autres centaines. Il accuse le Rwanda de violer l’accord de paix de Washington.
Martin Leku