Dans une déclaration à forte portée politique, François Rubota estime que la stabilité durable dans la région des Grands-Lacs passe par ce qu’il qualifie de « démantèlement du mensonge des prétendus massacres ou exterminations des Tutsi » en République Démocratique du Congo.
Selon lui, il n’y aurait « jamais eu de massacres planifiés des Tutsi en RDC ». Il appelle à déconstruire ce qu’il décrit comme une « théorie d’extermination » qui aurait servi, au fil des années, de fondement narratif à plusieurs offensives armées dans l’Est Congolais.
Une lecture historique des conflits régionaux
François Rubota inscrit son analyse dans une chronologie régionale couvrant la prise de pouvoir en Ouganda en 1986, la guerre déclenchée au Rwanda en 1990 jusqu’au changement de régime en 1994, ainsi que le coup d’État de 1996 au Burundi mené par Pierre Buyoya contre Sylvestre Ntibantunganya.
Concernant la RDC, il évoque la guerre d’octobre 1996 qui a conduit à la chute de Mobutu Sese Seko et à l’accession au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila. Il cite ensuite la rébellion du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), puis le mouvement du congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et du mouvement du 23 mars, qu’il considère comme « les prolongements successifs d’un même agenda géopolitique dans l’Est du pays ».
Selon lui, l’argument d’une menace d’extermination des Tutsi aurait constitué un levier stratégique destiné à légitimer des interventions militaires et à consolider des positions territoriales.
Un débat mémoriel sensible
Ces propos interviennent dans un environnement mémoriel particulièrement délicat. Le rapport « Mapping » publié en 2010 par le Haut-Commissariat des Nations-Unies aux droits de l’homme documente de graves violations commises entre 1993 et 2003 en RDC par une pluralité d’acteurs armés, nationaux et étrangers. Les conclusions de ce rapport continuent d’alimenter controverses et débats juridiques sur la qualification de certains crimes.
François Rubota affirme également avoir été témoin direct de violences survenues en 1996 dans la région de Lemera, au Sud-Kivu, lorsqu’il exerçait comme responsable administratif dans un hôpital local. Il évoque l’assassinat de religieux et de personnels de santé ainsi que l’existence de fosses communes, estimant que seule une enquête indépendante permettrait d’établir le nombre exact de victimes.
Appel au vivre-ensemble
Abordant la situation des Banyamulenge, communauté Tutsi du Sud-Kivu, il considère que les discours évoquant un projet séparatiste autour de Minembwe alimentent les tensions intercommunautaires, notamment avec les Babembe, les Barega, les Nyindu et les Bafuliru. Il appelle à un retour au vivre-ensemble et à une réintégration nationale, soulignant que la RDC compte plus de 450 groupes ethniques sur un territoire de 2.345.410 km².
Dans une région marquée par près de trois décennies de conflits armés et de déplacements massifs de populations, la bataille des récits demeure un facteur majeur de polarisation. Pour de nombreux analystes, toute perspective de paix durable dans les provinces du Nord et Sud-Kivu passe par l’établissement rigoureux des faits, la lutte contre l’impunité et un dialogue inclusif entre communautés afin d’apaiser les fractures historiques et identitaires.
Diddy Mastaki