Une contradiction troublante apparaît dans le dispositif numérique du ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté. Alors que l’Inspection générale met formellement en garde contre la plateforme « Diplomas.cd », qu’elle présente comme non habilitée à délivrer des documents scolaires officiels, la rubrique consacrée aux e-services sur le portail institutionnel du ministère renvoie vers cette même plateforme. Entre avertissement officiel, redirection numérique et paiements réclamés aux candidats, notre enquête soulève des questions sur la sécurisation des services publics numériques et la protection des usagers.
C'est une situation pour le moins paradoxale qui mérite des explications au sommet du ministère de l'Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté. D'un côté, l'Inspection générale demande aux Congolais de se méfier de « Diplomas.cd ». De l'autre, le portail officiel de cette même institution oriente les internautes vers cette plateforme lorsqu'ils recherchent les services liés aux diplômes électroniques.
Une contradiction que notre rédaction a relevé au cours de ses vérifications sur les services numériques proposés aux élèves, aux anciens candidats à l'Examen d'État et à leurs familles.
Une plateforme formellement désavouée par l'Inspection générale
Tout commence avec un communiqué de presse publié le 20 octobre 2026 par l'Inspection générale de l'Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, sous la référence COMM/IGE/20 octobre 2026.
Dans ce document signé par l'inspecteur général Hubert Kimbonza Sefu, l'institution met explicitement en garde contre une plateforme dénommée « Diplomas.cd », qui propose notamment l'obtention d'attestations de réussite moyennant paiement.
Selon le communiqué, cette plateforme sollicite plusieurs informations personnelles des candidats, notamment leurs noms, leurs numéros de téléphone et leurs codes EXETAT.
La position de l'Inspection générale est sans équivoque : « Diplomas.cd » n'est pas une plateforme officielle du ministère et ne dispose d'aucune habilitation pour délivrer, authentifier ou commercialiser des titres scolaires au nom de l'État congolais.
L'institution invite ainsi les élèves, les parents et les établissements scolaires à ne transmettre aucune donnée confidentielle à ce service et à ne procéder à aucun paiement pour obtenir des documents présentés comme officiels.
Notre constat : le portail ministériel conduit vers le service désavoué
C'est ici que l'affaire prend une dimension particulièrement préoccupante.
En poursuivant nos investigations sur le portail officiel du ministère de l'Éducation nationale, notre rédaction s'est intéressée à la rubrique consacrée aux services électroniques, notamment à l'accès au e-diplôme.
Or, le parcours proposé aux internautes renvoie vers « Diplomas.cd », précisément la plateforme contre laquelle l'Inspection générale venait de publier une mise en garde.
Cette observation soulève une interrogation majeure : comment un service présenté sur le portail institutionnel comme une voie d'accès aux démarches numériques peut-il conduire vers une plateforme que l'Inspection générale déclare non habilitée ?
Il ne s'agit pas d'une simple confusion entre deux adresses internet aux appellations similaires. Le problème touche directement à la crédibilité des services numériques de l'administration publique.
Pour un candidat qui accède au site du ministère dans l'espoir d'obtenir son diplôme, le lien proposé par le portail institutionnel peut naturellement être interprété comme une orientation officielle.
Dès lors, comment lui reprocher d'avoir fait confiance à une plateforme vers laquelle il a été dirigé au cours de sa recherche d'un service public ?
Entre 15 000 et 20 000 FC : des candidats disent avoir payé
Au-delà de cette contradiction institutionnelle, les conséquences financières préoccupent également les usagers.
Selon les informations recueillies par notre rédaction, certains utilisateurs déclarent avoir déboursé entre 15 000 et 20 000 francs Congolais pour accéder à une attestation de réussite sur « Diplomas.cd ».
Ces paiements interviennent alors que l'Inspection générale déconseille expressément toute transaction financière avec cette plateforme dans le but d'obtenir des documents scolaires officiels.
Plusieurs questions se posent dès lors : quelle est la nature exacte des prestations facturées ? Les attestations obtenues possèdent-elles une valeur administrative reconnue ? Que deviennent les sommes versées par les candidats ? Et surtout, quelles garanties existent concernant la confidentialité des informations personnelles et des codes EXETAT communiqués ?
À ce stade, notre rédaction ne dispose pas d'éléments permettant d'établir le nombre exact de personnes concernées, ni de déterminer si les utilisateurs ayant payé ont effectivement reçu des documents reconnus par le ministère.
Une confusion qui engage la responsabilité des gestionnaires du portail officiel
La question centrale de cette investigation concerne désormais la cohérence de la communication institutionnelle du ministère.
Lorsqu'une administration publique désavoue formellement une plateforme, elle doit également veiller à ce que ses propres canaux numériques ne continuent pas à orienter les citoyens vers celle-ci.
Si la redirection constatée résulte d'une erreur technique, d'un référencement obsolète ou d'une autre situation, une clarification s'impose. Dans tous les cas, les usagers ne devraient pas être contraints de choisir eux-mêmes entre des informations institutionnelles contradictoires.
L'enjeu est d'autant plus important que les diplômes scolaires constituent des documents essentiels pour la poursuite des études, les concours, les recrutements et certaines démarches administratives.
Une confusion à ce niveau peut exposer les candidats à des pertes financières, à la divulgation de données personnelles et à des difficultés dans la reconnaissance de leurs documents scolaires.
Le ministère doit des explications aux candidats
Notre investigation met ainsi en évidence une contradiction qui appelle une réaction des autorités compétentes.
Le ministère doit notamment expliquer pourquoi son portail officiel renvoie vers « Diplomas.cd » alors que son Inspection générale affirme que cette plateforme n'est pas habilitée.
Il lui revient également de clarifier les conditions d'accès au véritable service de délivrance des e-diplômes, d'identifier l'origine de cette redirection et de prendre les mesures nécessaires pour protéger les candidats déjà engagés dans ces démarches.
Dans son communiqué du 20 octobre, l'Inspection générale distingue clairement « Diplomas.cd » de « diplome.cd », cette dernière étant présentée comme la plateforme officielle mise en place par le ministère pour l'accès sécurisé aux e-diplômes et aux services numériques associés.
Elle invite enfin la communauté éducative à contacter Allô-École au 178 pour toute dénonciation ou demande d'information.
Au fond, cette affaire dépasse la question d'une simple plateforme numérique. Elle met à l'épreuve la cohérence de l'administration, la fiabilité de ses outils de communication et la confiance des citoyens dans la modernisation des services publics. Car lorsqu'un citoyen suit les indications du site officiel d'un ministère, il doit pouvoir être certain de ne pas être orienté vers un service que ce même ministère désavoue.
Diddy Mastaki