Un nouvel acteur vient de faire irruption dans le paysage sociopolitique congolais. Le 20 février 2026, à Kinshasa, a été lancé le Front de Lutte contre les Arrestations Abusives et Arbitraires (FLAAR).
À l’origine de cette plateforme, des membres de la société civile, des juristes, des avocats, des artistes, des acteurs politiques et des citoyens engagés qui entendent faire de la question des détentions irrégulières un combat prioritaire.
« Nous combattons des pratiques, pas des individus »
Pour ses initiateurs, la création du FLAAR répond à une « recrudescence » d’arrestations qu’ils jugent abusives et arbitraires. Selon eux, ces interpellations ne relèvent plus de faits isolés, mais s’apparenteraient à des méthodes désormais installées. Ils dénoncent des arrestations opérées en dehors de toute procédure régulière, des détentions dans des conditions indignes, parfois dans des lieux qualifiés de clandestins, ainsi que des allégations de traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Dans leur déclaration inaugurale, lue par le député national honoraire Ados Ndombasi, les membres du Front ont invoqué l’article 18 de la Constitution congolaise, qui garantit à toute personne arrêtée le droit d’être immédiatement informée des motifs de son arrestation, dans une langue qu’elle comprend, ainsi que celui d’entrer en contact avec sa famille ou son conseil.
« Notre démarche n’est ni insurrectionnelle ni partisane. Elle est républicaine, légale et morale. Nous ne combattons pas des individus ; nous combattons des pratiques. Nous exigeons l’État de droit », ont-ils affirmé, invoquant l’héritage de Patrice Lumumba et la vocation démocratique de la RDC.
Le FLAAR s’est assigné plusieurs missions : dénoncer publiquement toute arrestation arbitraire, offrir une assistance juridique aux victimes, documenter les violations des droits fondamentaux, mobiliser l’opinion nationale et internationale et, si nécessaire, saisir des instances judiciaires internationales.
Des cas emblématiques
Parmi les dossiers cités figurent celui de Parole Camisello, enlevé le 6 décembre 2025 sur le site de l’Université pédagogique nationale, puis conduit au cachot du Conseil national de cyberdéfense. Selon le FLAAR, il aurait subi des tortures et des humiliations avant d’être présenté au parquet seize jours plus tard.
Autre cas mentionné, celui de Nathanaël Onokomba, enlevé le 5 janvier 2026 à l’issue d’une conférence qu’il animait, puis conduit à la prison militaire de Ndolo. Le Front affirme qu’il aurait également été détenu dans des conditions préoccupantes.
Ces affaires s’inscrivent dans un contexte plus large marqué par des interpellations visant des officiers supérieurs des Forces armées de la RDC, des acteurs sociopolitiques et plusieurs figures de l’opposition. Parmi les noms cités dans l’espace public figurent notamment Emmanuel Ramazani Shadary et Aubin Minaku, dont les formations politiques réclament la libération.
Le CNC sous les projecteurs
Créé par ordonnance présidentielle en 2023 et rattaché à la Présidence de la République, le Conseil national de cyberdéfense (CNC), dirigé par Jean Claude Bukasa, se retrouve aujourd’hui au centre des critiques. Le FLAAR l’accuse d’être impliqué dans plusieurs arrestations controversées, dans un contexte sécuritaire tendu, marqué par la guerre dans l’Est du pays et la menace persistante de l’AFC M23.
Du côté des autorités, ces interpellations sont généralement présentées comme relevant d’impératifs sécuritaires ou judiciaires. Mais pour le nouveau Front, la liberté d’expression ne saurait être assimilée à une infraction.
« Défendre la liberté n’est pas un acte d’opposition ; c’est un acte de responsabilité », martèlent ses initiateurs.
Reste à savoir si le FLAAR parviendra à s’imposer comme un véritable contre pouvoir citoyen dans une République où la question de l’État de droit demeure centrale, le débat est désormais ouvert.
Rédaction