Au moins vingt (20) personnes ont été massacrées dans la nuit du samedi 30 au dimanche 31 mai 2026 les uns au quartier Ngadi et les autres vers Vemba, à Beni, au Nord-Kivu par les Forces Démocratiques Alliées (ADF).
Dans sa tribune intitulée : « Comprendre les ADF en bref : origine et évolution », l’ancien gouverneur du Nord-Kivu fait une analyse sur les causes réelles de différentes attaques de ces terroristes aujourd’hui alliés à l’Etat Islamique.
Il explique que « la vague intense et systématique de massacres des civils attribués aux rebelles des ADF (Forces Démocratiques Alliées) dans la région de Beni a véritablement commencé en octobre 2014. Plusieurs opérations ont été initiées dont celles menées par le Général Mbuyi en 2005, le Général Mayala en 2010, le Général Baguma en début 2014 avant les opérations conjointes FARDC-UPDF ( 2021) ».
Revenant sur les origines des ADF, l’actuel ministre Congolais du commerce extérieur précise que leur origine est liée « aux bouleversements politiques en Ouganda après la prise de pouvoir par Yoweri Museveni en janvier 1986. Le groupe est né de la fusion de mouvements d'opposition frustrés par le nouveau régime ».
Julien Paluku Kahongya renchérit en disant qu’après 1986, la communauté musulmane Ougandaise se sent marginalisée, notamment au sein des hautes sphères de l‘administration ». La scission religieuse : au début des années 1990, des tensions éclatent pour le contrôle de la direction religieuse musulmane à Kampala. Une faction radicale refuse l'autorité des leaders musulmans jugés trop proches du Président Museveni.
Cette faction menée par des figures comme Jamil Mukulu (Un chrétien converti à l'islam) s'organise en mouvement armé après des affrontements violents avec la police à Kampala et crée l' « Uganda Muslim Freedom Fighters » (UMFF).
Pour gagner en puissance militaire, les dissidents musulmans de l'UMFF s'allient en 1995 avec un autre groupe rebelle Ougandais : la NALU (National Army for the Liberation of Uganda). Ce groupe était composé d'anciens partisans du régime déchu et luttaient contre Museveni.
La fusion entre l'UMFF et la NALU donne officiellement naissance aux ADF sous le commandement militaire de Jamil Mukulu, d'où l'appellation ADF-NALU, note dans cette tribune Julien Paluku.
« Face à la supériorité militaire de l'armée Ougandaise, les ADF sont rapidement chassés de leurs bases initiales (l'Ouest de l'Ouganda). Dès 1995-1996, le groupe traverse la frontière et s'installe dans les montagnes du Rwenzori. À l'époque, le Président Mobutu Sese Seko, en conflit ouvert avec Museveni, tolère et instrumentalise la présence des ADF pour déstabiliser l'Ouganda (C'est un des motifs du soutien de Museveni à la guerre de l'AFDL) ».
Julien Paluku pense que les motivations derrière les massacres incessants de civils par les ADF dans l'Est de la RDC combinent des logiques terroristes, militaires et économiques. Pour lui, les tueries de civils servent d'arme de dissuasion militaire. Chaque fois que les FARDC lancent des offensives majeures contre les bastions éloignés des ADF, le groupe répond en massacrant des populations dans les grandes agglomérations, avec comme objectif selon toujours lui forcer l'armée régulière à interrompre ses opérations pour sécuriser les villes et punir la population suspectée de collaborer avec les FARDC ou de fournir des renseignements sur leurs positions.
« En vidant les zones agricoles de leurs habitants, les ADF contrôlent de vastes zones forestières isolées pour installer des camps d'entraînement à l'abri des regards mais aussi exploiter des ressources comme de l’or, du bois d'œuvre et cacao… », a-t-il ajouté.
Dans ses recherches, l’ancien gouverneur du Nord-Kivu souligne également que c’est depuis 2019 que les ADF ont officialisé leur intégration au sein de l'État Islamique (EI). Cette affiliation a radicalement transformé la nature de leurs violences. Le groupe cherche à instaurer un califat: la guerre sainte (Djihad).
« La mise en scène de la cruauté (Parfois filmée) permet aux ADF de prouver leur efficacité opérationnelle auprès de la direction centrale de l'EI afin de continuer à recevoir des financements extérieurs et d'attirer des recrues venant d'Ouganda, Tanzanie, Kenya, Rwanda ».
Face à cette situation qui ne fait qu'endeuiller les populations civiles depuis de nombreuses années, Julien Paluku Kahongya donne quelques propositions pour neutraliser ces ADF en 4 piliers.
D’abord « adapter la stratégie militaire à la guerre asymétrique, puis briser la chaîne de financement et d'approvisionnement, nettoyer la chaîne de commandement et lutter contre les complicités et enfin offrir des perspectives du P-DDRCS qui est un Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement Communautaire et Stabilisation pour les locaux et rétablir la justice pour les victimes ».
Par cette tribune, Julien Paluku Kahongya présente à la même occasion ses condoléances les plus attristées aux familles de victimes de tous les massacres des ADF en général et celles de ce 30 mai 2026 en particulier.
Pacheco Kavundama