Face aux multiples défis qui freinent le développement du secteur minier en Ituri, les principaux acteurs de la région ont franchi une étape décisive. Du 06 au 07 octobre 2026, le Comité provincial de suivi des activités minières (CPS/Ituri), le réseau « KUFATILIA » et les exploitants locaux se sont réunis à l’hôtel Gold Star de Bunia pour adopter une feuille de route stratégique visant à assainir durablement la chaîne d’approvisionnement minière.
Cette rencontre s’appuie sur les résultats d’une étude de cartographie menée par l’ONG IPIS entre février 2025 et juillet 2026 sur 185 sites miniers situés dans les territoires d’Irumu, de Djugu et de Mambasa. Cette recherche a été réalisée grâce au soutien financier des projets FCDO et « MADINI ».
Des défis sécuritaires, fiscaux et sociaux persistants
Les données présentées dressent un tableau sans détour des réalités du terrain. Elles mettent notamment en évidence :
- La présence d’acteurs armés : des incursions et des interférences répétées de divers groupes, notamment les FARDC, les Wazalendo, la CODECO, la CRP, la FRPI, la FPIC et les Mai-Mai ;
- Les tracasseries : la multiplication des barrières illégales et l’opacité des taxes prélevées sur les exploitants artisanaux ;
- Les urgences sociales et environnementales : la présence d’enfants et de femmes enceintes sur les sites miniers, les conditions de travail à risques et les tensions accrues autour du respect des cahiers des charges des entreprises.
En parallèle, les conclusions d’une mission conjointe menée en août dernier par le CPS et « KUFATILIA » à Aru et Mahagi ont également été restituées. Cette mission a permis de documenter les principales préoccupations des communautés riveraines.
Une feuille de route axée sur la responsabilité et la transparence
Pour transformer ces constats en réformes concrètes, la feuille de route adoptée définit un plan d’action articulé autour de plusieurs priorités.
Pour la lutte contre les tracasseries, Maître Lewis Safari, du CPS/Ituri, appelle à un plaidoyer rigoureux auprès des autorités afin de contraindre les agents étatiques et militaires au strict respect de la loi.
Cependant pour la clarification fiscale, Pascal Takaibone, coordonnateur de « KUFATILIA », exige une identification claire de chaque taxe légale, de sa base juridique et du circuit officiel de paiement afin de mettre un terme aux prélèvements illicites.
Et face à l'appropriation des conclusions par les autorités, Patient Birindwa, de l’IPIS, exhorte le gouvernement provincial à faire siennes les conclusions de cette étude financée par les projets FCDO et « MADINI », en vue d’assainir la chaîne d’approvisionnement à la source.
La sensibilisation au Code minier, le suivi permanent des zones de conflit et l’évaluation des engagements environnementaux figurent également parmi les axes retenus.
Les rôles sont désormais clairement répartis entre la société civile, les services publics, les exploitants et le pouvoir provincial. Le CPS et « KUFATILIA » s’engagent à assurer un suivi régulier afin de garantir le passage des paroles aux actes.
Joël Heri Budjo