Le cardinal Fridolin Ambongo Besungu est revenu à la charge en faveur d'un dialogue politique ouvert à tous en République démocratique du Congo. L'archevêque de Kinshasa s'exprimait à Assise, en Italie, lors des rencontres pour la paix de la communauté Sant'Egidio, dans le cadre d'un débat intitulé « Quelle paix en un temps de force ? ». Selon lui, la discussion entre Congolais est la clé pour sortir de l'insécurité qui ravage le pays depuis plus de trois décennies.
Le prélat a rappelé le pacte social pour le bien-vivre ensemble, porté conjointement par l'Église catholique (CENCO) et l'Église protestante (ECC). Cette démarche vise à ouvrir un espace où les belligérants pourraient « s'asseoir ensemble, écouter les blessures des uns et des autres, reconstruire la cohésion nationale autour d'un idéal commun et non autour des personnes ».
Évoquant l'appel du président Félix Tshisekedi, en juillet, à un dialogue national inclusif, le cardinal a regretté que le processus soit à l'arrêt, freiné selon lui par des conditions posées en amont : « Aujourd'hui, pourtant, ce dialogue est bloqué. On pose des préalables, on trace des lignes rouges, on décide à l'avance qui pourra s'asseoir à la table et qui en sera exclu. Je comprends les blessures et les méfiances : elles sont réelles, et le sang versé crie justice. Mais je dois le dire avec clarté : sans dialogue, il n'y aura pas de paix. »
Rejoignant en cela une partie de l'opposition, Mgr Ambongo estime que la réponse militaire ne suffira pas à régler la crise dans l'est du pays. Pour lui, écarter ceux que l'on considère comme des ennemis réduit les chances d'une paix durable : « Un dialogue qui exclut ceux avec qui l'on est en guerre n'est pas un dialogue : c'est un monologue. » Il a ajouté qu'il fallait « avoir le courage de le mener même avec ceux que nous considérons comme des ennemis ».
De son côté, Félix Tshisekedi avait fixé un cadre précis : le dialogue devra se tenir sur le sol congolais, sous l'égide des institutions de la République et dans le respect de la Constitution et des lois. Dans son discours à la nation du 27 août 2026, il a annoncé que le processus s'ouvrirait par des consultations dans les 26 provinces, avant des assises nationales à Kinshasa. Le chef de l'État a également précisé que ce dialogue ne devait ni remettre en question les institutions issues des urnes, ni cautionner une conquête militaire. Refusant que les groupes armés se prévalent de l'inclusivité pour gagner une légitimité politique, il a martelé : « Nul ne peut prétendre s'asseoir à la table de la Nation tout en prenant les armes contre elle. »
Gloiredo Ngise