Les armes continuent de parler, mais ce sont les civils qui crient en silence. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) alerte sur un cycle meurtrier qui frappe sans relâche la population dans cette province du nord-est de la République démocratique du Congo. Des milliers de familles vivent dans la peur, déracinées à plusieurs reprises, et plongées dans une détresse humanitaire qui ne cesse de s’aggraver.
Dans la chefferie de Mambisa, territoire de Djugu, près de 12 000 personnes rentrées chez elles après des mois de fuite ont reçu du CICR des vivres et des biens essentiels, ustensiles de cuisine, savon, couvertures et nourriture pour un mois. Ces familles espéraient retrouver leurs foyers, mais la plupart ont découvert leurs maisons incendiées et leurs biens pillés.
« Avant la guerre, je vivais ici avec mes neuf enfants et mes petits-enfants. Je n’avais jamais imaginé voir le sang de mes enfants couler dans ma maison », confie Thérèse, une mère rescapée d’une attaque sanglante. Son récit bouleversant symbolise la souffrance des civils pris au piège d’une guerre qui ne leur laisse aucun répit.
Des vies brisées par la guerre et l’insécurité
Depuis plusieurs années, l’Ituri est le théâtre d’une violence chronique, opérations militaires, affrontements entre groupes armés, attaques ciblées contre les civils.
Le droit international humanitaire (DIH), qui interdit les attaques contre les populations et les biens civils, est constamment violé. Les conséquences sont dramatiques, pertes en vies humaines, déplacements massifs, violences sexuelles, enrôlement d’enfants, destruction d’habitations et perte des moyens de subsistance.
Selon les Nations Unies, environ 1,5 million de personnes sont actuellement en insécurité alimentaire dans la province. La plupart craignent d’aller dans leurs champs, souvent situés dans des zones contrôlées par des hommes armés. Cette situation aggrave la faim et la dépendance à l’aide humanitaire.
« Depuis 2017, je me suis déplacée plusieurs fois. J’ai tout perdu à Fataki, mon village natal », raconte Joséphine, bénéficiaire de l’assistance du CICR. Son histoire illustre la fragilité des familles qui n’ont plus rien, sinon l’espoir de survivre.
Hôpitaux débordés, soignants en fuite
L’accès aux soins de santé devient lui aussi un parcours du combattant. Les structures médicales des zones touchées fonctionnent difficilement, certaines ont été attaquées, pillées ou désertées par le personnel qualifié. Les ruptures de stocks en médicaments et matériels sont fréquentes.
Les blessés, souvent par balles, doivent parcourir de longues distances pour espérer un traitement.
Selon Médecins Sans Frontières (MSF), qui soutient la clinique Salama à Bunia, plus de 350 patients victimes de blessures par armes ont été reçus depuis janvier 2025, dont plus de 200 entre juillet et octobre seulement.
« L’insécurité limite l’accès des femmes et des enfants aux soins », déplore Alfred Wadie, chef adjoint du CICR à Bunia. « Nos équipes observent une baisse alarmante des consultations dans les zones affectées. »
Une détresse psychologique grandissante
À la douleur physique s’ajoute une profonde souffrance mentale. Les équipes du CICR constatent une hausse des cas de dépression, d’anxiété et de troubles post-traumatiques. Les violences répétées, les déplacements incessants et la perte des proches laissent des cicatrices invisibles mais durables.
Les personnes déplacées, souvent entassées dans des sites précaires ou chez des familles d’accueil, manquent aussi d’eau potable. Les infrastructures hydrauliques sont débordées, forçant certains à puiser dans des sources contaminées, avec des risques accrus de maladies hydriques.
Le CICR appelle au respect du droit humanitaire
Face à cette situation dramatique, le CICR appelle toutes les parties au conflit à prendre conscience de l’impact de leurs affrontements sur les civils.
« Les civils paient le prix le plus lourd de cette guerre. Il est urgent que les acteurs armés respectent le droit international humanitaire et protègent les innocents », insiste François Moreillon, chef de délégation du CICR en RDC.
Alors que les balles continuent de fendre le ciel d’Ituri, les familles, elles, attendent le retour d’une paix véritable celle qui leur rendra leurs maisons, leurs champs, et peut-être un jour, leurs sourires.
Joël Heri Budjo