Après l’attaque de Maboya, un député pointe l’inaction de l’armée après l’attaque de la prison de Butembo par les ADF : « ces rebelles se baladent en toute liberté »
Les combattants de l’ADF ont attaqué la localité de Maboya dans la nuit de mercredi à jeudi. Alors que les premières informations indiquent qu’au moins 7 personnes ont été tuées, dont une religieuse, le député Saidi Balikwisha, élu du territoire de Beni, ne décolère pas. Il déplore qu’il n’y ait pas eu une opération de grande envergure contre les ADF depuis qu’ils ont forcé les entrées de la prison de Butembo pour faire évader les prisonniers qu’ils ont par la suite recrutés.
Pour le député Saidi Balikwisha, l’attaque du 20 octobre qui a coûté la vie à des civils à Maboya et d’énormes dégâts matériels est une des conséquences du dégarnissement de plusieurs positions militaires en territoire de Beni, notamment celle de Kanyihunga et du recrutement massif opéré parmi les évadés de la prison centrale de Butembo.
L’élu du Nord-Kivu explique que depuis ce recrutement massif parmi les prisonniers évadés, les ADF n’ont jamais été soumis à aucune pression militaire de qui que ce soit. « Depuis lors, ils se baladent avec leurs otages, estimés à plus de 700, qui sont désormais devenus leurs combattants », explique Saidi Balikwisha, très remonté par cette énième attaque du groupe terroriste.
Pour lui, c’est cette balade en toute liberté qui leur a permis d’attaquer Maboya, une entité qui n’avait jamais subi un tel assaut. « On se demande si notre armée a un problème de moyens ou si elle attend une autre attaque de l’ennemi pour relancer les offensives qui semblent avoir été suspendues depuis longtemps. Après Maboya, si rien n’est fait, les autres entités de cet axe ne seront jamais en sécurité. Même maintenant, après cette attaque, les rebelles ont repris leur balade, distribuant la mort à tous les civils sur leur chemin », poursuit le député provincial.
En même temps, il rappelle que Maboya, comme beaucoup d’autres villages sur l’axe Beni-Butembo, est occupé à la fois par les forces loyalistes et les miliciens Maimai qui sont stationnés à Kalunguta. « Ces miliciens armés vivent avec les soldats loyalistes et la police et les aident à assurer la sécurité de la zone ».
L’ennemi pourrait bien profiter de cette situation de confusion pour attaquer les civils car il sera très difficile de demander des comptes à qui que ce soit, explique M. Balikwisha, appelant le gouvernement à ne plus attendre pour mettre en pratique le programme du désarmement et démobilisation afin que la zone soit entièrement contrôlée par l’armée et pour éviter « la confusion sur le plan sécuritaire»
Contexte
Dans la nuit de mercredi à jeudi, des hommes armés présumés appartenir au groupe terroriste ADF ont fait une incursion à Maboya sur la route Butembo-Beni. Le bilan provisoire fait état d’au moins 7 morts, dont une religieuse et 3 épouses de militaires.
La Nouvelle Société Civile Congolaise en Territoire de Beni, qui appelle à des opérations offensives contre les bastions de l’ennemi dans le Graben le long de la rivière Semuliki, affirme que d’autres personnes sont entrain d’être exécutées la journée de ce jeudi si par malheur elles croisent le chemin de ces terroristes.
La même source parle de plusieurs blessés, de l’incendie du Centre de santé de Maboya et des maisons des civils. Elle déplore le pillage des biens de la population et celui des médicaments dans deux formations sanitaires de la localité.
Le coordonnateur de la Nouvelle société civile congolaise en territoire de Beni, Moïse KIPUTULU, indique que le poste de la police de Maboya a été incendié et que la position militaire des FARDC n’a pas non plus été épargnée lors de cette attaque. « Après cette attaque, ces hommes armés ont pris la direction du Graben et leur mouvement est signalé pour le moment vers Kitovo » prévient par ailleurs Moïse K.
Selon lui, il est pour l’instant difficile d’identifier l’ennemi comme étant à 100% l’ADF car le groupement de Malio connaît une forte présence de miliciens UPLC et est secoué par des attaques de miliciens régulièrement. Il appelle de ce fait les services de sécurité à faire des efforts pour identifier les auteurs de cette tragédie même si le modus operandi fait penser à celui des ADF.