Insécurité dans l’Est de la RDC : À quel jeu jouent les ougandais ?
Les accusations impliquant l’armée ougandaise aux côtés des rebelles du M23 se multiplient. “Des habitants de Musezere, qui se sont réfugiés en Ouganda, ont signalé avoir croisé des soldats venant de l’Ouganda et traversant vers la RDC, le 26 octobre, au moment de la tentative de reprise de Bunagana par les FARDC”, écrivait il y a quelques jours le baromètre sécuritaire du Kivu, complétant ainsi plusieurs renseignements émanant des lignes de front dans le Rusthuru. Pourtant, à des centaines de kilomètres de là, l’armée ougandaise combat aux côtés des militaires FARDC contre les ADF, un groupe armé d’origine ougandaise affilié à l’organisation Etat islamique.
Peut-on se battre aux côtés d’une armée contre un groupe rebelle et en même temps combattre contre cette même armée contre un autre groupe rebelle ? Cette question taraude l’esprit des kivutiens depuis plusieurs semaines. En effet, les soldats de l’armée ougandaise qui se sont bien sûr présentés depuis novembre de l’année écoulée comme des alliés des forces armées congolaises dans la traque du groupe terroriste des ADF, sont, selon plusieurs témoignages, également visibles aux côtés des rebelles du M23, cette fois combattants aux côtés de l’ennemi contre l’armée régulière. Une cacophonie qui en inquiète plus d’un.
Cette situation abracadabrante motive la société civile de Beni ( Nord-Kivu) d’appeler à la cessation immédiate de la mutualisation des forces FARDC-UPDF, dans les opérations “Ushujaa” en cours dans les provinces du Nord-Kivu et Ituri, contre les ADF. Les animateurs de cette structure citoyenne reprochent essentiellement deux choses aux ougandais. Notamment l’insuffisance des résultats des Operations sur le terrain, qui étonnamment depuis plusieurs mois et “l’hypocrisie” du pays de Yoweri Museveni dans les combats qui opposent les soi-disants M23 à l’armée gouvernementale dans le Rusthuru et dans une partie du territoire de Nyiragongo.
Cette position ambiguë des autorités ougandaises pousse également la société civile de Beni à appeler le gouvernement à se méfier de tous les pays membres de l’EAC, et surtout cette structure demande au gouvernement congolais de sursoir l’arrivée des forces coalisées EAC au pays et de supprimer des zones de defense en renforçant les opérations sur terrain. Kinshasa est également appelé à mettre en application l’article 63 de la constitution révisée vu la menace sur le pays. Et A part le Rwanda, les forces vives exigent la rupture des relations avec également l’Ouganda voisin.
La position de l’Ouganda sur la guerre contre le M23, pas surprenante que cela
Déjà dès le mois de juillet dernier, des voix congolaises ont commencé à s’élever pour dénoncer l’implication de Kampala dans l’attaque de la cité stratégique et frontalière de Bunagana. C’etait seulement moins d’un mois après que le M23 a pris le contrôle de cette entité douanière du Nord-Kivu. Et depuis, la montée en puissance, surtout en hommes et en matériels militaires du M23 interroge aussi sur le rôle joué par l’Ouganda dans le conflit.
Même si jusqu’à ce jour officiellement les autorités congolaises ne se sont pas encore prononcées sur le rôle exact de Kampala dans les affrontements des FARDC contre le M23 , les soupçons se confirment de plus en plus. En juin, le speaker de l’assemblée nationale Christophe Mboso dénonçait déjà l’occupation illégale de la cité de Bunagana par le M23 appuyé par Kigali, avec la complicité de l’Ouganda. Plus tôt dans le mois, il avait déjà annoncé en plénière le 14 juin la suspension du processus de ratification des accords conclus avec l’Ouganda, sans préciser lesquels étaient concernés.
Cette situation est loin d’être surprenante, d’autant plus que c’est un secret de polichinelle que les pays voisins de la République démocratique du Congo sont manifestement en grande partie les instigateurs de plusieurs conflits dans l’est du pays. Lors de la précédente insurrection du M23 en 2012-2013, plusieurs pays et institutions internationales ont dénoncé le soutien de Kigali et de Kampala, la capitale ougandaise où l’un des ténors du M23, Bertrand Bisimwa, a d’ailleurs vécu jusqu’au début de l’année 2022.
les ougandais rejettent toutes les accusations sur un prétendu soutien apporté au M23
Même si plusieurs observateurs et analystes voient l’ombre de Kampala, au fur et à mesure que les accusations se succèdent, et ce, appuyés par des témoignages des habitants des zones occupées par les combattants du M23, les autorités ougandaises se défendent et affirment ne pas être impliquées dans cet énième conflit. « Si l’Ouganda avait voulu prendre Bunagana, nous avons un bataillon entier positionné à la frontière qui aurait pu le faire », a déclaré le porte-parole de l’armée ougandaise, Felix Kulayigye, en juin dernier, niant catégoriquement l’implication de l’UPDF aux côtés du M23.