Rencontre avec Uhuru Kenyatta : Pour la délégation du Sud-Kivu, tous les groupes armés étrangers, dont les FDLR, doivent rentrer dans leurs pays
Si la délégation de la province du Sud-Kivu a salué les efforts inlassables du gouvernement central et de la Communauté d’Afrique de l’Est, EAC, dans la recherche d’une paix durable dans la région des Grands Lacs en général et en RDC en particulier, elle a également émis une série de recommandations lors de la rencontre avec l’ancien président kenyan Uhuru Kenyatta.
Tout en revenant sur les éléments constituant les causes de l’instabilité à l’Est de la RDC en particulier et dans la Région des Grands Lacs en général, les membres des différentes communautés de la province du Sud-Kivu ont rappelé que cette région est instable depuis plus de deux décennies. “La population vivant dans cette zone reste la première victime des atrocités de toutes sortes : viols, massacres à grande échelle, pillages des ressources naturelles, assassinats ciblés, déplacements massifs et quasi permanents des populations, départs forcés en refuge et bien d’autres exactions constituent le calvaire quotidien des communautés congolaises de cette sous-région”, ont-ils souligné.
Face à cette fragilité, caractérisée notamment par l’oisiveté des jeunes, le manque d’opportunités socio-économiques tant à l’intérieur qu’au niveau des zones de déplacement et/ou de refuge, certains acteurs politiques de la région EAC utilisent le levier identitaire pour satisfaire leurs intérêts sociopolitiques. Pour eux, il y a peu d’interaction entre les acteurs politiques et ceux de la société civile dans la région des Grands Lacs, ce qui s’explique par la multiplication des sommets politiques régionaux qui ont abouti à un certain nombre de décisions dans lesquelles les couches socioprofessionnelles n’ont pas forcément été d’accord. Cette instabilité de la population de la sous-région justifie largement sa faible production dans plusieurs secteurs vitaux, entraînant la pauvreté, une dépendance accrue à l’aide humanitaire, l’insécurité alimentaire et, malheureusement, la création de mécanismes violents d’accès à certaines ressources vitales au niveau étatique et transfrontalier.
Les communautés du Sud-Kivu soutiennent que malgré tout ce qui se passe dans la région des Grands Lacs, la RDCongo est sérieusement et particulièrement touchée par cette situation. « En effet, les guerres successives suivies de déplacements internes massifs, l’exode rural, les mouvements de réfugiés suite aux exactions incessantes commises par les groupes armés locaux en connivence avec ceux des pays voisins sont autant de conséquences qui impactent malheureusement sur le vivre ensemble intra et inter communautaire. Certains rapports et analyses attestent de ces faits ; Notamment, le rapport mapping, celui du groupe d’experts des Nations Unies du 8 août 2022 et même le récent rapport des services de renseignement américains », expliquent-elles.
Selon ces communautés congolaises, ces réalités justifient fondamentalement la persistance des groupes armés étrangers et locaux. Pour elles, il faut faire une lecture attentive et objective de la situation contextuelle de la région des Grands Lacs en général et de l’Est de la RDCongo en particulier, au risque de ne pas se laisser emporter à première vue par les faits apparents de la situation. Pour l’ancien président kényan Uhuru Kenyatta, ils indiquent que la population de la RDC, qui a longtemps souffert des méfaits de cette instabilité régionale, attend impatiemment le retour d’une paix durable, d’une vie digne en vue d’un développement harmonieux au niveau sous-régional.
Elles insistent pour que ce processus débouche sur la mise en œuvre des plans opérationnels provinciaux du Programme de Désarmement, Démobilisation, Réhabilitation Communautaire et Stabilisation (P-DDRCS) du gouvernement congolais, soulignant l’importance cruciale de l’impartialité de l’ancien chef d’État kényan. En ce qui concerne les résultats des différentes réunions.
« Que les pays membres de l’EAC respectent scrupuleusement les conventions régissant cette institution régionale, notamment la non-agression entre pays membres, le non soutien aux groupes armés déstabilisant les États voisins, ainsi que le strict respect de l’inviolabilité des frontières issues de la décolonisation », recommandent les communautés du Sud-Kivu, exigeant également la libération inconditionnelle de toutes les entités administratives congolaises occupées par le Rwanda à travers les terroristes du M23.
Par ailleurs, elles exigent également le départ immédiat et sans condition dans leurs États respectifs, de tous les groupes armés étrangers. Elles citent, la Résistance pour un État de Droit pour Secourir le Burundi, Red Tabara en sigle de Mr Alexis Sinduie et le commandant des opérations MR Gisinga. Les Forces Nationales de Libération FNL de MR Aloys Nzabampeba, les Forces de Résistance FOREBU de Mr Godefroy Niyombare comme leader du groupe, les Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda, FDLR localisées dans les territoires de Kalehe (dans les Groupements de Mubugu, Ziralo avec des incursions dans les Groupements de Bitale et Munyandjiro en Chefferie de Buloho et dans celui de Buzi en Chefferie de Buhavu, dans le secteur de Lulenge dans le village de Makola, dans le territoire de Fizi en secteur de Nganja et dans la forêt d’Itombwe en territoire de Mwenga) ainsi que le Conseil National pour Renouveau et la Démocratie, CNRD/Fdlr localisés à cheval des territoires d’Uvira, Fizi et Mwenga, devront également quitter le territoire congolais.
Pour ces communautés, il est temps que le Gouvernement Rwandais cesse de s’ingérer dans les affaires internes de la RDC se faisant prévaloir protecteur des communautés congolaises d’expression Rwandaises et Que l’EAC considère la souffrance accrue et le massacre à grande échelle de la population congolaise comme un fait de génocide sur des populations innocentes.
La délégation du Sud-Kivu demande à ce que la facilitation de Uhuru Kenyatta envisage la mise en place d’une commission d’experts internationaux indépendants en matière de génocide, pour qualifier les crimes commis sur les populations à l’Est de la RDC.
“Au moment où la localisation de l’aide est devenue une priorité dans la réponse humanitaire, nous sollicitons à l’EAC d’en faire aussi une de ses priorités en l’adoptant comme un de ses principaux axes de plaidoyer à tous les niveaux. Que la facilitation participe aux plaidoyers pour la levée pure et simple de l’embargo d’achat et acquisition d’armes qui frappe injustement la RDC pour une bonne protection de son intégrité territoriale. Qu’à l’issue de ces consultations, que le facilitateur appuie les efforts de plaidoyer engagés par la société civile congolaise pour l’instauration du tribunal pénal international pour la répression des crimes graves commis en RDC” sont autant des recommandations, au même titre que celle d’inciter les autorités congolaises à accélérer le processus de la mise en place d’un programme national de Paix.