RDC : D’abord la construction d’un mausolée, ensuite la demande d’une action judiciaire au niveau international pour punir les crimes commis à Beni
Les travaux de construction d’un mausolée se déroulent normalement au cimetière de Masiani, situé dans la partie périurbaine de la commune de Mulekera, dans la ville de Beni (Nord-Kivu).
En effet, cet édifice est construit sur le site où ont été enterrées les victimes du tout premier massacre enregistré dans la ville de Beni, dans la nuit du 15 octobre 2014 au quartier Ngadi. Au total, 33 tombes seront construites en collaboration ouverte avec les familles des victimes.
Ce projet a été lancé le 15 octobre, marquant la huitième année consécutive depuis que la ville de Beni et le territoire ont été secoués par des actes de violence perpétrés par des groupes armés, principalement les rebelles ADF.
Sur le terrain à Beni, les réactions à cette initiative sont divergentes. Si certaines autorités politiques et administratives sont indifférentes, une grande partie de la population locale salue et soutient cette action, d’autant plus que, selon les jeunes volontaires qui la mènent, il s’agit d’une initiative populaire qui bénéficie du soutien de plusieurs couches de la population, mobilisées indépendamment de leur appartenance politique, religieuse ou ethnique.
« La construction d’un mausolée à la mémoire des Congolais massacrés à Beni était initialement le souhait de plusieurs habitants. D’ailleurs, certaines autorités civiles avaient lancé une initiative similaire les années précédentes, mais aujourd’hui, le premier pas a déjà été franchi. Cette initiative purement populaire est matérialisée par des Congolais qui ne veulent pas que les crimes commis à Beni restent éternellement impunis, ce n’est pas une question de telle ou telle tendance, c’est un combat pour rendre justice à nos compatriotes », a déclaré Shabani Loswire, un activiste des droits de l’homme travaillant à Beni, militant au sein du mouvement citoyen la Lucha mais aussi l’un des membres de la commission de mobilisation et de suivi dans le cadre de la construction du mausolée.
Dans une interview accordée à www.congorassure.cd, ce jeune militant explique que la construction d’un mausolée où sont enterrées les victimes du premier massacre de Beni a deux objectifs principaux : le premier est d’immortaliser ces victimes et le second est de préserver des traces pouvant servir de preuves devant les autorités judiciaires qui interviendront dans l’affaire liée aux crimes commis à Beni.
« Nos morts ne sont pas des numéros, ce sont des frères, des sœurs, des parents que nous aimions tant mais qui nous ont été injustement arrachés. Tôt ou tard, la justice sera rendue », a-t-il déclaré.
Selon le jeune homme, la construction de ce mausolée n’est pas la seule cartouche, c’est plutôt une action qui ira de pair avec une action judiciaire au niveau international dans le but de punir les principaux auteurs de la violence qui sévit à Beni depuis plus de huit ans.
« Ce mausolée et les actes de décès des victimes seront une preuve suffisante pour la communauté de Beni de ce que nous vivons. Avec cela, la Cour pénale internationale pourra être saisie afin d’obtenir une enquête indépendante sur toutes ces barbaries dont nous sommes victimes jusqu’à présent », a-t-il ajouté.
Ce jeune activiste continue d’appeler la population locale ainsi que tous ceux qui sont soucieux de soutenir cette initiative communautaire à apporter leurs différentes contributions, chacun selon ses capacités.
« Normalement, c’est la mission de l’État congolais de veiller à ce que les crimes commis à Beni ne restent pas impunis. Mais étant donné que la population fait les premiers pas, l’état est censé nous accompagner et s’il faut préciser comment je dirais par exemple en accordant gratuitement des actes de décès au nom de tous les civils déjà tués et qui sont bien identifiés. Cela permettra d’alléger le fardeau des familles des victimes », a-t-il déclaré.
Le mausolée en cours de construction dans les cimetières de Masiani à Beni portera les noms de trente-trois Congolais tués le 15 octobre 2014 dans les quartiers Ngadi et Kadou de la ville de Beni lors du tout premier assaut des rebelles ADF dans cette zone. Ce massacre a malheureusement été le début d’un cycle de meurtres qui se poursuit à ce jour. Le nombre de civils tués à ce jour avoisine les dix mille. La construction d’un mausolée plus grand est donc envisageable, ainsi que la conduite d’actions judiciaires d’envergure, mais les moyens nécessaires restent insuffisants à ce jour, selon la commission de mobilisation et de suivi.