Le communiqué conjoint du président en exercice de la Conférence des chefs d'Etat de l'Union africaine, Macky Sall, et du président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat, n'est pas bien accueilli par de nombreuses personnes en République démocratique du Congo. Si certains estiment qu'il s'agit d'une preuve supplémentaire de la proximité de Macky Sall avec le Rwandais Paul Kagame, d'autres disent qu'il s'agit d'une insulte à la République démocratique du Congo.
Alors que des voix s'élevaient déjà en République démocratique du Congo pour dénoncer le silence de l'Union africaine après qu'au moins 130 personnes ont été atrocement massacrées en territoire de Rutshuru par les rebelles du M23 et leurs soutiens rwandais, cette organisation continentale a finalement communiqué. Cependant, les termes utilisés sont loin d'être au goût de nombreux Congolais.
En effet, Moussa Faki Mahamat et le Sénégalais Macky Sall parlent "d'affrontements entre les rebelles du M23 et d'autres miliciens dans le village de Kishishe, dans le territoire de Rutshuru, où des dizaines de civils innocents ont perdu la vie". Pour plusieurs observateurs et Congolais qui ont réagi à cette communication, parler de dizaines de morts alors que plus d'une centaine de personnes ont été tuées est tout simplement aberrant.
"Les civils qui sont morts ne sont pas des victimes collatérales d'une guerre entre milices, ils ont été tués par le RDF/M23 et vous n'avez vraiment aucune honte à créer une version des faits contraire aux rapports des experts qui sont sur place ! Ridicule" a réagi d’emblée un internaute congolais à la publication de l'Union africaine sur le compte Twitter de l’organisation.
Cette réaction a été suivie par celle de Junior Mafuta, un activiste qui dit prôner un leadership responsable en Afrique. Selon lui, les deux personnalités ont peur de demander au Rwanda de Paul Kagame de retirer ses troupes. "Vous participez à ces massacres par votre silence. Au lieu d'exercer une pression sur Kagame dont dépendent les groupes armés, vous l'ignorez dans votre communiqué creux", a-t-il commenté.
Et dans une publication dimanche, le journaliste Pascal Mulegwa se demande si l'Union africaine (UA) a déjà pointé du doigt le Rwanda dans "l'agression" de la RDC. “Même pour Kishishe, son communiqué arrive en dernier après ceux de la France, des Etats-Unis et de la Belgique. Entre l'UA et la "communauté internationale", qui incarne l'hypocrisie ?”
Même si l'opinion semble s'insurger, aucun officiel n'a pour l'instant commenté cet énième communiqué du président sénégalais Macky Sall et du président de la Commission de l'Union africaine Moussa Faki Mahamat. Il est difficile de savoir quelle est la vraie lecture des autorités congolaises et encore plus difficile de savoir si elles vont réagir ou si elles choisiront d'ignorer cette communication.
A noter que dans ce communiqué très critiqué, les deux personnalités ont également dénoncé "avec la plus grande véhémence" les crimes odieux qui se déroulent en RDC et "demandé que la lumière soit faite sur ces actes criminels dans les meilleurs délais afin que les responsables de ces crimes soient punis et sanctionnés conformément à la loi".
L'Union africaine a également déclaré qu'elle restait "profondément attachée à l'Accord de cessez-le-feu de Luanda du 23 novembre et aux processus de Luanda et de Nairobi pour une cessation immédiate des hostilités et de tout recours à la violence". La structure "exhorte tous les groupes armés à déposer les armes et à s'engager, de bonne foi et sans conditions préalables, dans le processus politique pacifique conformément à la feuille de route conjointe adoptée à Luanda le 23 novembre 2022".