La République de l'Ouganda, alliée de la RDC dans la guerre contre le terrorisme dans les provinces orientales du Nord-Kivu et de l’Ituri mais aussi membre de la force régionale de l'EAC, serait-elle également de mèche avec la rébellion du M23 ? Cette question est dans tous les esprits, d'autant que plusieurs alertes en provenance du territoire de Rusthuru, où les rebelles ont déjà la mainmise sur une grande partie du territoire, font état du soutien du pays Yoweri Museveni au mouvement rebelle, taxé de terroriste par Kinshasa.
Cette fois, c'est dans un récent rapport du Groupe d'experts des Nations Unies sur la République démocratique du Congo, couvrant les événements depuis juin dernier, que le rôle de Kampala dans la chute de la cité stratégique de Bunagana le 13 juin a été mis en évidence.
Bien que ce rapport ne sera rendu public que dans quelques jours, plusieurs sources concordantes affirment en effet que les experts disent avoir des preuves de la complicité de l'Ouganda dans les attaques armées contre les positions de l'armée congolaise à Bunagana.
Une situation qui pourrait probablement pousser les Congolais à remettre une fois de plus en question la mise en commun des forces des deux pays dans la lutte contre les ADF dans les territoires de Beni et d'Irumu ainsi que la présence de l'Ouganda dans les forces régionales de l'EAC, qui doivent combattre les forces négatives, dont le M23, qu'il est accusé de soutenir, aux côtés du Rwanda.
Malgré cette révélation peu surprenante qui semble être un secret de polichinelle depuis un certain temps, en revanche, certains observateurs qui disent maîtriser la dynamique de la politique et de l’armée ougandaise, expliquent que ce soutien de l'Ouganda au M23 ne peut provenir que d'une ou de quelques branches de l'armée de ce pays. Ils expliquent cela par le fait qu’à l’instar de nombreuses armées africaines, l'UPDF "est un serpent à plusieurs têtes" et que chaque officier supérieur de l'armée a une portion de pouvoir.
Pendant ce temps, la présidence de la République démocratique du Congo annonce que Félix Tshisekedi a rencontré à Washington, où il a séjourné quelques jours, son homologue ougandais, le président Yoweri Museveni. La même source précise que les deux chefs d'Etat ont discuté des relations bilatérales et des efforts régionaux pour rétablir la paix et la sécurité dans l'est de la RDC.
Des soupçons depuis plusieurs mois
Début novembre, la société civile de Beni qui disait avoir constaté l'échec des opérations contre les ADF sur le terrain, avait déjà appelé à la rupture des relations diplomatiques avec tous les pays considérés comme des agresseurs, dont le Rwanda et l'Ouganda compte tenu de leur soutien avéré aux rebelles du M23.
"Donc, de l'autre côté à Rutshuru, l'Ouganda soutient le M23 au même titre que le Rwanda. Mais quand vous venez chez nous dans le territoire de Beni, il y a une sorte d'hypocrisie. C'est sur cette base que nous disons que notre pays doit rompre les relations diplomatiques non seulement avec le Rwanda mais aussi avec l'Ouganda", déclarait alors Pépin Kavota, président de cette structure citoyenne.
Le même mois, Christophe Mboso, le président de l'Assemblée nationale, la chambre basse du parlement de la RDC, avait clairement exprimé ses soupçons sur le soutien de l'Ouganda à la rébellion du M23. L'organe délibérant avait alors décidé de geler le processus de ratification des accords économiques entre le gouvernement et l'Ouganda.
"Au moment où nous sommes en guerre, où le Rwanda nous attaque, où l'autre voisin (ndlr Ouganda) nous trompe et envoie son fils faire des choses contre nous, nous devons rester vigilants et nous serrer les coudes derrière le chef de l'État", avait également déclaré Christophe Mboso lors de sa rencontre au Palais du peuple avec des jeunes congolais proches du régime Tshisekedi et qui manifestaient contre l'agression rwandaise en République démocratique du Congo (RDC).
KMC, Kinshasa