Il y a à peine 24 heures, de nombreux politiques et analystes se frottaient déjà les mains du retrait annoncé des combattants du M23 des zones qu'ils occupent vers leur position initiale. Pourtant, les assaillants semblent avoir d’autres plans en tête. Les dernières informations en provenance du terrain, notamment des sources de l'armée et de celles proches de la société civile, confirment que l'ennemi ne s'est pas vraiment retiré de toutes les zones qu'il contrôlait, au contraire il a une nouvelle cible, le Masisi.
Les combattants du mouvement rebelle du 23 mars, une rébellion reformée avec le soutien du Rwanda et de l'Ouganda, ne se sont pas retirés des zones qu'ils occupent. Ils progressent selon plusieurs sources concordantes vers le territoire de Masisi, région qu’ils comptent manifestement occuper.
Une mauvaise nouvelle pour la force régionale de l'EAC, dont les chefs convaincus, visiblement à tord, de la bonne foi du M23 et de ses parrains, parlaient déjà de la réussite de la rencontre de Luanda sous l'égide de l'Angolais Joâo Lourenço et celle de Nairobi avec l’encadrement de l'ancien président kenyan Uhuru Kenyatta.
L’armée congolaise, par la biais de son porte-parole, le général Sylvain Ekenge, a en effet indiqué samedi soir que "le désengagement annoncé en grande pompe par les terroristes du M23 aidés par les forces de défense rwandaises est un leurre et une simple opération publicitaire pour distraire les Congolais et la communauté internationale".
D’après cet officier supérieur des FARDC, "toutes les unités du M23 désengagées de Kibumba, au lieu de retourner à leurs positions initiales à Sabyinyo conformément au mini-sommet de Luanda, vont dans une autre direction pour renforcer les positions à Tongo, Kishishe et Bambo, avec la claire intention d'occuper le territoire de Masisi".
Sylvain Ekenge explique que les affrontements qui ont eu lieu depuis l'après-midi du vendredi 23 décembre entre les FARDC d'une part et les terroristes avec leur soutien rwandais d'autre part, dans le parc des Virunga entre Tongo et Sake, démontrent clairement l'intention des terroristes du M23/RDF de contourner les positions de l'armée gouvernementale afin de s'emparer de la ville de Sake, située à une trentaine de kilomètres à l'ouest de la ville de Goma. Le militaire précise également que “la même manœuvre est observée du côté de Kishishe et Bambu pour s'emparer de Nyanzale, Kibirizi et Kitchanga”.
Les forces armées de la RDC dénoncent donc ce qu’elles qualifient d’une “attitude hypocrite des terroristes du M23/RDF”. L’armée congolaise rassure par ailleurs qu'elle reste déterminée à défendre l'intégrité territoriale de la République démocratique du Congo. En même temps, elle attire l'attention de la force régionale et de la communauté internationale sur la fourberie du M23/RDF, qui selon ses propos, “a l'habitude de fouler aux pieds tous les accords signés”.
Ce que disent la société civile et la force régionale sur le retrait des M23 de Kibumba
Interrogée sur le retrait des combattants du M23 et de leurs soutiens rwandais, la société civile du territoire de Nyiragongo parle encore de la présence des éléments de ce groupe sur le terrain dans leur position à KIBUMBA. Mambo Kawaya fait également allusion à des présumées exactions des éléments de ce mouvement rebelle dont seraient victimes certains habitants qui ont suivi l'appel des Forces Kényanes et sont rentrés à KIBUMBA et Buhumbu quelques heures seulement après la cérémonie de remise officielle du contrôle de cette zone aux Forces de l'EAC.
D'autre part, des sources crédibles de la force régionale présentes à KIBUMBA interrogées par CONGORASSURE.CD confirment que certains éléments du M23 sont encore présents dans la zone. Toutefois, ces sources, qui ont requis l'anonymat, précisent que le retrait des troupes du M23 a déjà débuté, mais que cela se fait par étapes. Elles reconnaissent néanmoins que la confusion règne encore dans cette zone où il est difficile pour l'instant de distinguer la population locale des étrangers susceptibles de venir du Rwanda. C’est d’ailleurs dans cet angle qu’un rassemblement de la population a eu lieu ce samedi au marché de Kibumba. Le but principal a été de sensibiliser les habitants à dénoncer tout mouvement suspect à la force régionale de l’EAC qui est appelée à sécuriser cette région en attendant toutes les autres décisions qui suivront.
La Rédaction