Au lendemain de la présentation de quatre personnes présumées être des espions travaillant pour le compte des autorités rwandaises, celles-ci ont enfin réagi. Comme on pouvait s’y attendre, la nouvelle qui est parvenue dans les couloirs de Kigali semble faire son effet.
Les autorités rwandaises ont réagi à l'arrestation par les services de renseignement congolais de quatre personnes soupçonnées de travailler pour Kigali. Dans une communication datée du 29 décembre, tout en reconnaissant la nationalité rwandaise de certaines des personnes arrêtées, en lieu et place de démonter les preuves des autorités congolaises, la porte-parole du gouvernement rwandais a évoqué une autre raison derrière ces accusations.
Pour elle, cela démontre “une augmentation inquiétante de la violence ethnique et des discours de haine à l'encontre des Rwandais, des rwandophones et de la communauté tutsie congolaise par des fonctionnaires, des officiers militaires et des leaders de la société civile de la RDC". Et sans surprise, Yolande Mukoko déclare que le point de presse de cette semaine du vice-ministre de l'Intérieur de la RDC, Jean-Claude Molipe Mandongo, représente "une escalade alarmante de la xénophobie et de l'incitation publique à la violence".
D'autre part, le gouvernement rwandais a exprimé sa profonde inquiétude quant au sort des citoyens rwandais Dr Juvenal Nshimiyimana et Moses Mushabe, tous deux membres du personnel de African Health Development Organization, qui sont détenus à Kinshasa depuis le 30 août 2022, et qui ont été présentés comme des espions aux médias lors d'un point de presse le mardi 27 décembre.
Pendant ce temps, alors que les autorités congolaises disent avoir des preuves contre les personnes arrêtées, sans chercher à en savoir plus, Kigali a laissé entendre que cette présentation de présumés espions est "tout droit sortie d'un livre de jeu", ajoutant que "les dirigeants qui ne peuvent ou ne veulent pas rendre compte de leurs propres échecs cherchent à alimenter les divisions ethniques et à pointer du doigt des forces extérieures sinistres".
Pendant ce temps, à Kigali, la référence des autorités congolaises à l'assassinat du président Habyarimana pour annoncer ce que les espions arrêtés préparaient contre le président Tshisekedi, semble avoir hérissé l'ensemble du gouvernement. Pour les autorités rwandaises, cette référence sinistre au génocide rwandais, accusant les détenus rwandais de planifier l'abattage d'un avion transportant le président congolais est une tentative délibérée d'enflammer davantage l'opinion publique congolaise.
"La communauté internationale, y compris ceux qui insistent pour choyer les dirigeants de la RDC, devrait prendre note et tenir les dirigeants de la RDC responsables de cette escalade", a réagi Yolande Mukoko, notant que M. Mushabe serait gravement malade et aurait besoin de soins médicaux et que le Dr Juvenal Nshimiyimana était auparavant représentant de l'ONUSIDA en RDC.
Kinshasa ne bronche pas
Du côté de Kinshasa, la petite colère du Rwanda ne semble pas avoir d'effet. Les autorités nationales assurent que les personnes arrêtées seront poursuivies dans toute la mesure de la loi, ce qui inclut le complot d'assassinat d'un président en exercice, faisant évidemment référence au projet d'assassinat du président Félix Tshisekedi que ces espions fomentaient.
Un analyste congolais estime qu'étant donné que les tensions sont fortes entre les deux pays, le gouvernement rwandais devrait normalement demander à ses citoyens de quitter la RDC et de rentrer chez eux, et si possible même assurer le transport. "Mais le Rwanda ne le fera pas car il voudra utiliser certains de ses ressortissants comme appât pour un plan de génocide en alimentant l'atmosphère anti-Tutsi au Congo à l'aide du M23 ou d'un assassinat", prévient-il.
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Il convient de noter que, selon les informations qui ont été communiquées jusqu'à présent par bribes, les deux sujets rwandais reconnus par Kigali font l'objet de graves accusations. Juvénal Nshimiyimana Biseruka est accusé d'espionnage, d'abus de confiance, d'incitation des militaires et de corruption. Moses Murokore Mushabe a été arrêté pour espionnage. "Les photos saisies sur son ordinateur le montrent en uniforme militaire RDF avec ses collègues. Il est accusé d'espionnage", a déclaré le général Sylvain Ekenge, porte-parole de l'armée congolaise.
La Rédaction