Le déploiement des militaires des Etats de la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC) dans l'Est de la République démocratique du Congo, où des combats opposent depuis plusieurs mois les assaillants du M23 aux FARDC, suscite l'opposition de la population ainsi que de plusieurs élus de cette partie du pays. Le député Prince Kihangi Kyamwami a mis en garde mercredi dernier contre les conséquences à venir.
Le Prince Kihangi, député provincial élu du Nord-Kivu, estime que le déploiement de la force régionale de l'EAC dans les entités coutumières et administratives de cette province, sujette à des conflits armés depuis des décennies, doit être considéré comme "une occupation de nos terres par les Etats voisins à travers leurs forces armées".
Le déploiement de ces soldats dans une région que leurs Etats respectifs ont toujours convoitée ouvre, selon l'élu originaire du territoire de Walikale, "les portes de la balkanisation de la République démocratique du Congo". M. Kihangi souligne que cette présence étrangère dans les villages, les collines et les champs posera à la longue de sérieux problèmes à la province du Nord-Kivu. L’élu prévient également qu'une fois que ces États auront goûté au "miel" du Nord-Kivu, ils refuseront de retirer leurs militaires de la région.
“Par cet acte, vous nous confiez, nous et nos enfants, entre les mains des Etats voisins comme nos (désormais) protecteurs. L’Etat congolais se déclare ne plus être en mesure d’assurer notre sécurité. Et, en cas de besoin, vous nous recommandez de nous adresser aux Etats voisins. Que dire alors de l’Etat de siège ?”, souligne-t-il dans une note sécuritaire rédigée à l’intention du Chef de l’Etat. “Ces militaires n’auront certainement pas honte de se tirer dessus comme ce fut le cas à Kisangani, il y a peu. On assistera certainement à des soulèvements populaires. Les victimes sont connues d’avance”, prévient-il
D’après lui, loin d’être une solution, la présence de ces militaires dans les villages, les collines et les champs causera des soucis et des problèmes sérieux à la province du Nord-Kivu. Le député du Nord-Kivu craint que la présence de troupes étrangères dans la région n'entraîne une exploitation illégale des ressources naturelles de la province, ainsi que des problèmes de sécurité pour les femmes et les jeunes filles. “Nos sœurs et femmes sont de nouveau exposées. Les ressources naturelles seront illégalement exploitées et pillées à ciel ouvert sur autorisation tacite du Gouvernement congolais”, déplore M. Kihangi.
Le député du Nord-Kivu demande de ce fait au président de la République d'éviter aux Kivutiens ce calvaire et insiste sur le fait que les Forces Armées de la République Démocratique du Congo, bien encadrées, soutenues, équipées, bien payées et dotées d’une logistique conséquente, feraient mieux, trois fois plus.
Prince Kihangi rappelle que c’est au cours de cette année 2023, pendant que le Nord-Kivu célèbre un anniversaire douloureux de 30 ans d’atrocités, de violations des droits humains et de déplacements des populations, de viols et vols, que s’ouvre un nouveau cycle de violences par le déploiement des Armées étrangères qui n’ont aucun souci pour le peuple congolais.
KMC