Trois mois après les massacres perpétrés par les rebelles du M23 à Kishishe dans la province du Nord-Kivu; Amnesty International étale des témoignages poignants recueillis auprès des victimes et survivants de ces atrocités.
Dans ce nouveau rapport ; les terroristes du M23 soutenus par le Rwanda sont accablés d'avoir sommairement tué 20 civils et violé 66 femmes parmi lesquelles des mineures.
"Cela constitue des crimes de guerre et pourrait constituer des crimes contre l'humanité," indique Amnesty International.
Les informations recueillies par cette organisation internationale de défense des droits de l'homme précisent que les crimes commis par le M23 faisaient partie d'une campagne menée pour punir et humilier les civils soupçonnés d'être des partisans de groupes rivaux, notamment les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) et les Maï-Maï locaux.
Des témoignages poignants
Les survivants qui se sont confiés à Amnesty International révèlent que des groupes de combattants du M23 sont allés de maison en maison, tuant sommairement tous les hommes adultes qu'ils trouvaient et soumettant des dizaines de femmes à des viols, y compris des viols collectifs.
"Ils ont dit que nous étions tous des FDLR. Ils ont choisi les hommes et les ont abattus, y compris mon mari et mes deux fils," a confié Aline (nom d'emprunt), l'une des survivantes.
Elle a été violée par un groupe d'hommes le 29 Novembre 2022 ainsi que six autres femmes qui se cachaient dans sa maison à Kishishe.
Une autre, Eugénie (nom d'emprunt), a également déclaré à Amnesty International qu'elle avait été violée par trois soldats du M23 le 30 Novembre 2022 devant une église où elle s'était réfugiée avec sa famille à la suite d'affrontements entre le M23 et d'autres groupes armés.
Une énième survivante qui a été violée à l'extérieur de la même église et qui s'est confiée à Amnesty International relate qu'elle avait compté des dizaines de corps d'hommes qui avaient été tués.
"Ils m'ont brutalement violée à tour de rôle en présence de mes petits enfants terrifiés. J'ai compté jusqu'à 80 corps d'hommes qui avaient été abattus par des soldats du M23 à l'église. Je n'ai jamais vu autant de cadavres de ma vie. Je me suis évanoui avant de pouvoir tous les compter."
Des survivants sans aucune assistance
Sur les 13 survivantes qui ont déclaré avoir été violées le 29 ou le 30 Novembre 2022, 12 ont déclaré que leurs maris ou leurs fils adultes avaient été tués de sang-froid. Depuis ces attentats, les survivants vivent dans la terreur et le dénuement total, déplore Tigere Chagutah, directeur régional Afrique Orientale et Australe de l'ONG Amnesty International.
"Alors que certaines victimes de viol ont reçu des soins médicaux de base dans les établissements de santé communautaires, elles ont le plus besoin de soins médicaux et de santé mentale adéquats, ainsi que d'une aide humanitaire" , a-t-il dit.
Des actes à qualifier pour crimes contre l'humanité
Brandissant la gravité de ces crimes commis par le M23 sur le territoire congolais, Amnesty International estime que les autorités de la RDC et ses partenaires internationaux doivent demander des comptes aux auteurs de ces actes odieux et rendre justice aux victimes.
" Les actions du M23 dans la région de Kishishe constituent des crimes de guerre et, dans la mesure où ces viols et meurtres sont commis par le M23 dans le cadre de ce qui semble être une attaque systématique contre des civils perçus comme soutenant les FDLR et d'autres groupes armés hostiles au M23, ils devraient faire l'objet d'une enquête en tant que possibles crimes contre l'humanité," evoque Amnesty International.
Bien que les zones d'ombre persistent, le M23 a tué et violé à Kishishe
Le village de Kishishe dans le groupement de Bambo à environ 70 kilomètre au Nord de Goma au Nord-Kivu a enregistré en Novembre 2022, l'une des violentes tueries à grand échelle perpétrée par les rebelles du M23.
Faute de preuves matérielles recueillies sur le terrain, de nombreuses zones d'ombre subsistent sur cette tuerie et son bilan surtout que plusieurs enquêteurs se sont heurtés aux contraintes liées à l'occupation de la zone jusqu'à présent par les rebelles du M23.
À la suite d'une enquête préliminaire menée quelques jours après le drame l'ONU avait avancer un bilan de 131 civils tués. Quant aux autorités congolaises, le bilan serait plus lourd. Au-moins 272 civils auraient été exécuté par le M23; annonçait Julien Paluku Kahongya, actuel ministre de l'industrie et ancien gouverneur de la province du Nord-Kivu.
Précisons qu'en Décembre dernier, la ministre de la justice Rose Mutombo avait été instruite par le président de la République, Félix Tshisekedi de mener au nom de la RDC une action judiciaire contre le Rwanda à la Cour Pénale Internationale (CPI).
Au cours du même mois elle a séjourné à la Haye en vue de prendre contact avec la Procureure de la CPI pour qu’un dossier relatif à ces différents massacres soit ouvert au niveau de cette juridiction internationale.
Nicole Lufungi Beni