Quarante-huit heures après sa conférence de presse, les propos du ministre Muhindo Nzangi Butongo sur la légalisation des milices locales et leur collaboration avec l'armée pour protéger l'intégrité territoriale ; continuent à faire couler beaucoup l'encre et de salive.
En effet, lors d'une conférence de presse tenue lundi 6 mars à Goma ; le ministre national de l'Enseignement Supérieur et Universitaire Muhindo Nzangi a fait savoir que les autorités congolaises ont décidé de collaborer avec les milices locales pour défendre la patrie. Un dispositif législatif sera mis en place pour les légaliser et les membres de ces milices seront mis dans les mêmes conditions que les Forces armées de la République ; annonçait le ministre.
Pour le mouvement citoyen Lutte pour le changement (LUCHA), les milices locales, tout comme les pays voisins ne sont pas la solution au problème sécuritaire de la RDC.
Dans un communiqué officiel publié ce mercredi 08 Mars à Goma ; la LUCHA condamne la sortie médiatique du ministre de l'ESU qui selon elle, met en évidence l'incapacité criante des autorités congolaises à sécuriser les Congolais et leur pays aussi bien sûr le court que le long terme.
"Nul n'ignore que, depuis des années, les groupes armés locaux commettent des crimes graves contre les populations civiles et que certaines d'entre elles à l'exemple du NDC-R, sont en collision avec des États étrangers. Leur apporter un appui et une légitimité comme l'annonce le ministre est inacceptable pour diverses raisons", estime la LUCHA.
À en croire ce mouvement citoyen ; la nouvelle approche dévoilée par le ministre Muhindo Nzangi est une insulte pour les populations victimes des actes perpétrés par les milices locales, une pratique qui détruira davantage l'armée nationale tout en compromettant le processus du nouveau programme de désarmement et de démobilisation (P-DDRCS). Cette pratique accorde un prétexte de plus aux États agresseurs de la RDC et pose les bases d'une insécurité permanente sur le long terme.
"Cette approche est inefficace, dangereuse et irresponsable comme stratégie de sécurisation des Congolais", martèle la LUCHA.
Tout en appelant le gouvernement congolais à cesser toute collaboration avec les milices locales ; la LUCHA recommande à celui-ci de lever l'état de siège, de rompre les relations diplomatiques avec le Rwanda et l'Ouganda et mettre fin aux opérations militaires étrangères en cours sur le territoire congolais, ainsi que de mettre en œuvre dans toute urgence le programme de désarmement, démobilisation, de relèvement communautaire et de stabilisation (P-DDRCS) en vue de donner une porte de sortie sûre aux combattants qui
acceptent de déposer les armes. Le gouvernement congolais devra également saisir sans délai les Nations-Unies pour demander la création d'un tribunal pénal spécial pour la RDC en vue de juger les auteurs congolais et étrangers ayant commis des crimes en RDC depuis 1990.
Il convient de noter que depuis la résurgence de l'activisme du M23 sur le territoire congolais en octobre 2021, le gouvernement de la RDC a entrepris plusieurs actions diplomatiques et militaires en vue de barrer la route à ce mouvement terroriste appuyé par le Rwanda. Parmi les stratégies mises en œuvre, l'on note notamment le déploiement de la force régionale de l'EAC dans la partie Est du pays ainsi que la reprise des pourparlers entre l'État congolais et les groupes armés. Au cours de la récente réunion du conseil des ministres tenue le week-end dernier, le ministre de la Défense nationale et anciens combattants, Gilbert Kabanda, a soumis un projet d'ordonnance-loi instituant la Réserve Armée de la Défense en République Démocratique du Congo (RDC). Cette nouvelle structure est créée pour soutenir et appuyer les Forces Armées de la RDC.
D’après le compte rendu de la réunion hebdomadaire des ministres, cette réserve armée sera composée de militaires de carrière retraités, de différents services de sécurité, de démobilisés du service militaire obligatoire, de démobilisés du service militaire contractuel et de volontaires civils ayant suivi une formation et un encadrement militaire ad-hoc.
Nicole Lufungi Beni