Dans plusieurs quartiers de la commune de Karisimbi, en proie à une recrudescence de l'insécurité, les habitants ont pris des mesures drastiques pour se protéger. Des barricades en pierres ont été érigées sur presque toutes les avenues, tandis que des patrouilles populaires s'organisent pour contrer le banditisme nocturne.
Jeunes filles et garçons unissent leurs forces dans un effort collectif d'auto-prise en charge, suite à la multiplication des incursions d'hommes armés dans les maisons, souvent meurtrières. « Cela fait maintenant une semaine que nous avons décidé d'assurer notre propre sécurité parce que les autorités ne se soucient pas de nous. Chaque jour, autour de 18 heures, nous plaçons des tas de pierres aux entrées de chaque avenue et aux différentes jonctions. À notre grande surprise, les malfaiteurs, opérant souvent avec des véhicules ou des motos, n'ont jamais été inquiétés par les soi-disant services de sécurité », explique Jorime, 19 ans, habitante du quartier Majengo.
Ce système, emprunté à des quartiers tels que Kasika, Katoy, Mabanga-Nord et Sud, bien qu'il expose ces civils non armés à des dangers, semble avoir quelque peu réduire l'insécurité dans ces zones. Toutefois, il jette une lumière négative sur le dispositif sécuritaire de la capitale provinciale du Nord-Kivu.
« Si nous agissons ainsi, ce n'est pas par plaisir, mais parce que nous avons constaté que les services de sécurité ne sont pas capables d'assurer notre protection », déclare Jean-Pierre Nyembo, meneur du groupe de jeunes que nous avons rencontré.
Face à cette initiative juvénile, certains analystes indépendants ont préféré adopter une position neutre. D'une part, ils encouragent ces jeunes qui, longtemps, ont subi l'insécurité urbaine sous toutes ses formes, en plus de la menace persistante du M23 et d'une situation socio-économique précaire. D'autre part, ils soulignent le risque pour ces jeunes, qui pourraient être exposés à des dangers éventuels, surtout que des militaires et des éléments Wazalendo sont souvent impliqués dans cette insécurité.
Diddy MASTAKI