En territoire de Mambasa, la situation des ex-combattants issus des groupes armés locaux dans la chefferie des Babila-Babombi suscite une controverse grandissante. D’un côté, des acteurs de la société civile dénoncent une dérive sécuritaire inquiétante ; de l’autre, le Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement Communautaire et Stabilisation (P-DDRCS) rejette ces allégations.
L'Association de Protection des Droits des Enfants et Femmes Vulnérables (APDEF) affirme que plusieurs ex-combattants, engagés depuis près de quatre (04) ans dans le processus de paix, seraient aujourd’hui abandonnés à eux-mêmes. Selon Ram's Malikidogo, ces derniers auraient été pré-cantonnés dans les sites de Kasoko Mbopi, PK47 et Makele, sans encadrement ni prise en charge adéquate.
D’après cette structure citoyenne, cette situation aurait entraîné des dérives notables : érection de barrières illégales, perception de taxes sur les civils et, plus grave encore, recrutement d’enfants mineurs, y compris des élèves. Des faits qui, selon l'APDEFV, font craindre un retour à l’insécurité dans cette partie de l’Ituri.
Face à ces risques, plusieurs recommandations sont formulées, notamment l’accélération du processus P-DDRCS, le désarmement effectif des combattants, leur transfert vers des centres officiels et le renforcement de la sensibilisation pour lutter contre l’enrôlement des enfants.
En réaction, le chargé de communication du P-DDRCS, Jacques Upenji, conteste formellement l’existence de camps de cantonnements dans cette zone. Il précise que le programme n’a jamais installé de sites officiels à Kasoko Mbopi, PK47 ou Makele.
Selon lui, seuls treize (13) ex-combattants ont été désarmés jusqu’à présent, malgré plusieurs missions de sensibilisation menées en 2023 et 2024. Il indique également que ces combattants avaient conditionné leur désarmement à la libération de leurs leaders détenus à Kinshasa, une exigence qui a depuis été satisfaite.
« Ils se sont installés d’eux-mêmes. Le P-DDRCS ne dispose pas de camps de cantonnement. Notre approche consiste à désarmer les combattants et à les réinsérer directement dans leurs communautés », a-t-il expliqué.
Malgré ces versions divergentes, une réalité demeure : le nombre exact d’ex-combattants présents dans la zone reste inconnu, tout comme leur statut réel. Cette incertitude alimente les inquiétudes des populations locales, déjà confrontées à une insécurité persistante.
Entre accusations d’abandon et démentis officiels, la situation à Babila-Babombi met en lumière les défis du processus de désarmement en Ituri. Elle pose également la question de la coordination entre les autorités et les acteurs locaux dans la gestion des ex-combattants, un enjeu crucial pour la stabilité durable de la région.
Joël Heri Budjo