À Goma, ville meurtrie par des années de conflits armés, l’attente de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 prend une dimension particulière. Alors que la guerre continue de peser sur le quotidien des habitants du Nord-Kivu, le football s’impose, l’espace de quelques instants, comme un refuge collectif. L’entrée en lice des Léopards de la RDC, prévue le mardi 23 décembre face au Bénin, est attendue avec une ferveur mêlée d’espoir, de prudence et de besoin d’évasion.
Dans les quartiers de Majengo, Katoyi, Virunga ou Ndosho, les écrans improvisés, les téléviseurs des bars et les discussions de rue témoignent d’un engouement intact, malgré l’insécurité persistante. Ici, le ballon rond devient un langage commun, capable de suspendre, le temps d’un match, les angoisses liées aux affrontements armés et aux déplacements forcés.
« Même quand les balles parlent, le cœur du Congolais bat toujours pour les Léopards », confie Patrick, tenancier d’un petit bistrot à Birere. « Le mardi, on va regarder le match. Pas parce que tout va bien, mais parce qu’on a besoin de croire que quelque chose peut encore nous unir ».
Le football comme refuge psychologique
Dans une ville où les alertes sécuritaires rythment la vie quotidienne, la CAN apparaît comme une parenthèse salvatrice. Pour de nombreux jeunes, suivre la sélection nationale est aussi une manière de résister psychologiquement à la peur.
Justin Kamenge, jeune motard de Goma, explique : « On vit avec le stress permanent. Mais quand les Léopards jouent, on oublie un peu les armes, les déplacements, les morts. On se sent fiers d’être Congolais ».
Les boutiques de maillots improvisées le long des avenues affichent les couleurs bleu, rouge et jaune. Malgré un pouvoir d’achat affaibli par la crise, certains habitants font l’effort d’acheter un drapeau ou un t-shirt, symbole d’un patriotisme qui refuse de s’éteindre.
Léopards – Bénin : plus qu’un match
La rencontre face au Bénin, ce 23 décembre, est perçue comme un test sportif, mais aussi comme un moment symbolique fort. Dans un contexte de guerre à l’Est, chaque victoire de la RDC est vécue comme un message de résilience.
Jean-Claude, maçon dans un chantier à Himbi, résume ce sentiment : « Quand les Léopards gagnent, on a l’impression que le Congo existe encore aux yeux du monde autrement que par la guerre ».
Les autorités locales appellent toutefois à la prudence, rappelant la nécessité d’éviter les attroupements excessifs dans certains quartiers sensibles. Mais sur le terrain, la passion semble plus forte que la peur.
Une communion nationale malgré la guerre
À Goma, comme dans d’autres villes de l’Est, la CAN 2025 n’est pas seulement une compétition sportive. Elle est un moment de communion nationale, une respiration collective dans un climat étouffant.
Alors que les Léopards s’apprêtent à fouler la pelouse pour défendre les couleurs nationales, toute une ville retient son souffle. Entre espoir sportif et réalité sécuritaire, Goma attend. Et, pour 90 minutes au moins, croît encore en la magie du football.
Mardi 23 décembre, face au Bénin, les Léopards joueront un match. À Goma, c’est bien plus qu’un score qui sera attendu : c’est un moment de dignité, de fierté et d’unité nationale.
Diddy MASTAKI