Un mémorandum dénonçant de graves abus présumés commis par certains éléments de la Force Navale des FARDC sur le Lac Albert a été transmis à l’Honorable Paul Babangu Wababu, député national. Les faits rapportés concernent principalement les zones de Kasenyi, Tsiritsi et Chicha, où pêcheurs artisanaux, agents techniques de l’État et communautés riveraines tirent la sonnette d’alarme.
Selon le document consulté par notre rédaction, des éléments de la Force Navale seraient impliqués dans des actes d’extorsion, de pillage des ressources halieutiques et dans la protection de méthodes de pêche prohibées, au mépris des lois environnementales en vigueur.
Des accusations d’extorsion et d’intimidation
Les pêcheurs artisanaux affirment être soumis à des paiements forcés hebdomadaires, estimés à 300 dollars Américains, pour avoir accès aux zones de pêche. En cas de refus, ils évoquent des menaces, des intimidations et parfois la saisie de leurs produits.
Les services techniques de l’Agriculture, de la Pêche, de l’Élevage et de l’Environnement déclarent, de leur côté, être régulièrement empêchés d’exercer leurs missions régaliennes, notamment le contrôle des engins de pêche et la régulation des activités sur le lac.
Une menace sérieuse pour l’écosystème
Le mémorandum met également en lumière une atteinte grave à l’écosystème du Lac Albert. L’usage de filets moustiquaires et de lampes néon, pourtant interdits, serait toléré, voire encouragé, provoquant la destruction massive des alevins et compromettant le cycle de reproduction des espèces.
Des experts locaux préviennent que la poursuite de ces pratiques pourrait conduire à la disparition de certaines espèces endémiques, avec des conséquences irréversibles pour l’environnement et l’économie locale.
Responsabilités évoquées et appel à une enquête
Sans se substituer à la justice, le document évoque la responsabilité présumée de la chaîne de commandement locale de la Force Navale, citant notamment un officier basé à Kasenyi. Les signataires insistent toutefois sur la nécessité d’une enquête indépendante et impartiale pour établir les responsabilités individuelles.
Le député national Paul Babangu sollicité pour une action institutionnelle
À travers ce mémorandum, les communautés et services techniques demandent au député Paul Babangu de saisir le gouverneur militaire de l’Ituri afin d’ordonner la cessation immédiate des pratiques dénoncées, mais aussi de porter le dossier devant l’Auditeur supérieur militaire pour des poursuites éventuelles.
Ils plaident également pour le rétablissement de l’autorité des services techniques de l’État, condition essentielle à une gestion durable et légale des ressources du Lac Albert.
Un enjeu vital pour les populations locales
Dans cette partie de l’Ituri, la pêche artisanale constitue l’un des principaux moyens de subsistance. La dégradation des relations civilo-militaires et l’appauvrissement des ménages accentuent un climat de méfiance et de tension sociale.
Contactées par notre rédaction, les autorités militaires locales n’avaient pas encore réagi au moment de la publication de cet article.
Joël Heri Budjo