Dans les zones dites « libérées » sous contrôle de la rébellion du mouvement du 23 mars (M23), la consommation abusive de boissons fortement alcoolisées suscite une vive inquiétude parmi les habitants. À Goma, où les rebelles ont consolidé leur emprise ces dernières semaines, la prolifération de ces produits à bas prix alimente un malaise social grandissant.
Une chute des prix spectaculaire
Depuis le début de l’année, les prix des boissons fortement alcoolisées ont connu une baisse significative. Un flacon de 300 millilitres, autrefois vendu entre 2 000 et 2 500 francs Congolais, se négocie désormais autour de 1 000 Francs Congolais, soit une diminution de plus de 50 %.
Ces boissons, pour certaines produites localement et pour d’autres issues d’importations en provenance du Rwanda et de l’Ouganda, sont désormais accessibles à des coûts jugés « dérisoires » par de nombreux habitants. Cette chute brutale des prix, difficile à expliquer au regard des dynamiques classiques du marché, intrigue jusque parmi les consommateurs.
« Nos enfants deviennent délinquants »
Dans les quartiers populaires comme Kasika, l’inquiétude est palpable.
« Nous avons peur, totalement peur avec cet accès facile à ces boissons. Nos enfants deviennent de plus en plus délinquants. Avec 500 ou 1 000 Francs, ils accèdent à la boisson toute la journée. Ça nous inquiète », témoigne Furaha, une habitante d’une cinquantaine d’années.
Pour plusieurs familles, la banalisation de ces produits contribue à accentuer des comportements à risque, dans un contexte déjà marqué par le chômage massif et la précarité économique.
Une situation qui interroge
Certains consommateurs eux-mêmes expriment leurs doutes. « Il est inadmissible qu’un “kizima” un flacon plein coûte seulement 1 000 francs alors que les produits vivriers restent chers », confie l’un d’eux.
La comparaison avec les prix des denrées alimentaires, demeurés relativement stables sur les marchés, alimente des interrogations sur les circuits d’approvisionnement et la régulation du secteur.
« Comment la boisson peut-elle baisser autant alors que la nourriture reste chère ? », s’interroge un autre habitant.
Appels à la régulation
Au-delà des spéculations, la prolifération des alcools forts s’ajoute aux défis sociaux déjà présents : chômage endémique, désœuvrement des jeunes et fragilisation des structures familiales.
De nombreux habitants appellent l’administration mise en place par le M23 à encadrer strictement la production, l’importation et la commercialisation de ces boissons. Ils estiment qu’une politique de régulation serait un signal fort en faveur de la protection de la jeunesse et de la stabilité sociale, dans une région où les équilibres demeurent précaires.
Diddy Mastaki