Un an après avoir frôlé la mort lors d’un enlèvement spectaculaire, Katsuva Matata Bienfait ne se contente plus d'être une victime résiliente. Celui que l'on surnomme le « porte-parole des sans-voix » a su transformer le traumatisme de sa captivité en un moteur d'engagement citoyen et social sans précédent dans la ville de Butembo et ses environs.
Le chronomètre de ce calvaire s’est déclenché le 11 mars 2025. Alors qu’il participait à une réunion de défense des victimes du conflit foncier de Kitakandi (Commune de Bulengera), Matata Bienfait est emmené de force par des hommes armés affiliés à un chef rebelle autoproclamé.
L’objectif était son élimination physique, une tentative de faire taire définitivement celui qui dénonçait les spoliations de terres. Grâce à la pression populaire et l’intervention de la police militaire des FARDC, il est libéré le lendemain, avant de subir 37 jours de détention au renseignement militaire à Beni.
Loin de s'exiler ou de se murer dans le silence, le militant a multiplié les actions de terrain depuis sa sortie de cachot. Son engagement s’articule désormais autour de trois piliers majeurs :
1. Le front judiciaire : Il continue de témoigner lors des audiences publiques liées au conflit foncier de Kitakandi et plaide sans relâche pour la libération de ceux qu'il considère comme injustement détenus ;
2. La pression citoyenne : À travers des marches pacifiques, il rappelle aux autorités l'exigence du respect de l'État de droit ;
3. L'action sociale et économique : C'est ici que son leadership s'est diversifié. Matata Bienfait soutient désormais les sportifs locaux, les orphelins et propose même des formations techniques pour les chauffeurs de taxis.
Pour ses partisans, cette métamorphose est la preuve qu'une cause juste peut survivre à la violence. En intégrant des dimensions économiques et sociales à son activisme foncier, il a réussi à fédérer une base plus large, touchant aussi bien les agriculteurs spoliés que la jeunesse urbaine en quête de modèles.
« Je n'ai jamais renoncé à mon combat pour la justice et la protection des populations », affirme-t-il aujourd'hui avec la même détermination qu'avant son enlèvement.
Gloiredo Ngise