Le député national Gratien de Saint-Nicolas Iracan appelle à une gestion « juste, transparente et équitable » des fonds destinés à réparer les préjudices subis par les populations congolaises à la suite de l’occupation de certaines parties de la République Démocratique du Congo par l’armée Ougandaise entre 1998 et 2003.
Dans une déclaration rendue publique ce jeudi 1er octobre, l’élu de l’Ituri rappelle que la Cour internationale de Justice (CIJ) a condamné l’Ouganda, en 2022, à verser 325 millions de dollars à la RDC au titre des dommages causés durant cette période. Cette somme comprend notamment 225 millions de dollars pour les dommages aux personnes, 40 millions pour les dommages aux biens et 60 millions pour les ressources naturelles.
Selon Gratien Iracan, l’Ouganda a désormais achevé le paiement de cette indemnisation, la dernière tranche ayant été reçue par la RDC le 3 septembre 2026. Les fonds sont gérés par le Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda (FRIVAO).
L’Ituri parmi les zones concernées
Le député rappelle que les réparations concernent notamment les personnes tuées ou blessées, les victimes de violences sexuelles, les enfants recrutés de force ainsi que les personnes déplacées. Les dommages matériels sont également pris en compte, notamment les maisons, biens, bétail, champs, commerces et infrastructures communautaires détruits ou pillés.
Les ressources naturelles concernées comprennent notamment les minerais, le bois et la faune.
La réparation doit, selon lui, prendre deux formes : l’indemnisation individuelle des victimes ou de leurs ayants droit, ainsi que la mise en œuvre de projets collectifs destinés aux communautés affectées.
Gratien Iracan insiste particulièrement sur la prise en compte de l’Ituri, qu’il estime expressément concernée par les décisions rendues par la CIJ en 2005 et en 2022.
Les élus de la Grande Orientale demandent des projets dans tous les territoires
Le 30 septembre 2026, le ministre d’État à la Justice a reçu les élus des quatre provinces issues de l’ancienne Grande Orientale : l’Ituri, la Tshopo, le Haut-Uélé et le Bas-Uélé.
Au cours de cette rencontre, les élus ont plaidé pour que les projets financés dans le cadre des réparations ne soient pas concentrés uniquement dans les chefs-lieux provinciaux, mais bénéficient également aux différents territoires.
À ce stade, le gouvernement prévoit une enveloppe de 30 millions de dollars pour chacune des quatre provinces.
En Ituri, le déploiement du FRIVAO n’a pas encore eu lieu en raison de l’épidémie d’Ebola. L’organisme prévoit toutefois de se rendre prochainement dans la province et d’y ouvrir un bureau.
Trois exigences pour l’Ituri
Au cours de cette rencontre, Gratien Iracan affirme avoir défendu trois principales exigences.
La première consiste à faire respecter les décisions de la CIJ et à tenir compte des zones effectivement affectées par les dommages liés à la présence ougandaise.
La deuxième porte sur l’identification rigoureuse des victimes. Le député appelle à un travail technique de terrain permettant de recenser les personnes et communautés réellement touchées, afin d’éviter les omissions et les bénéficiaires fictifs.
La troisième concerne l’exécution des projets. Gratien Iracan souhaite que la main-d’œuvre et les entreprises locales soient privilégiées dans la réalisation des travaux financés par ces réparations.
« L’Ituri dispose de toutes les compétences requises », soutient-il, estimant que les jeunes, techniciens et entreprises de la province doivent être associés en priorité à la reconstruction.
Les communautés appelées à définir leurs priorités
Pour le député, les fonds doivent répondre aux besoins exprimés par les victimes et les communautés. Il cite notamment la construction ou la réhabilitation des centres de santé, des écoles, des réseaux d’eau potable, des infrastructures électriques et routières, ainsi que le soutien aux activités économiques et la création de mémoriaux.
Il appelle ainsi les populations des territoires de Djugu, Irumu, Mahagi, Aru et Mambasa à s’organiser avec les Chefs coutumiers, les organisations de la société civile et les associations de victimes afin de faire connaître leurs priorités.
Il recommande également aux victimes et à leurs familles de conserver toutes les preuves susceptibles d’étayer leurs dossiers, notamment les documents administratifs, photographies, actes de décès et témoignages des autorités locales.
Mise en garde contre les escroqueries
Gratien Iracan met par ailleurs en garde la population contre les personnes qui pourraient profiter du processus d’indemnisation pour escroquer les victimes.
Il rappelle que l’enregistrement des victimes est gratuit et invite la population à ne verser aucune somme d’argent à une personne qui prétendrait pouvoir garantir une inscription sur une liste d’indemnisation.
L’élu de l’Ituri assure enfin qu’il continuera à suivre le dossier en concertation avec les autres élus de la Grande Orientale et promet d’informer régulièrement les populations sur l’évolution du processus.
Pour lui, après la décision de justice, l’enjeu est désormais de faire en sorte que les réparations atteignent effectivement les victimes et les communautés affectées.
Pacheco Kavundama