Depuis quelques jours, à Kinshasa une affaire d’une gravité exceptionnelle secoue l’opinion publique. Une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux montre un médecin en train de violenter une femme qui venait d’accoucher.
Selon les images devenues virales, le praticien aurait infligé des violences physiques et verbales à la patiente, tout en procédant à la suture d’une épisiotomie sans anesthésie locale. La scène, particulièrement éprouvante, montre une femme en détresse, incapable de supporter la douleur, tandis que le médecin se montre agressif et dénué de compassion.
Face à l’émoi général, les autorités judiciaires ont rapidement réagi. Le médecin, identifié comme le Dr David, a été interpellé par la police judiciaire. Son procès, engagé en procédure de flagrance, a débuté le vendredi 27 mars 2026 devant le Tribunal de grande instance de Kinshasa/Kinkole, siégeant en chambre foraine.
Interrogé sur cette affaire, le ministre de la Santé, Roger Kamba, a fermement condamné les faits. « Toutes les fautes déontologiques sont résumées dans cette vidéo. Un médecin est là pour assister et non infliger de la souffrance à un patient, quel que soit le cas. »
Au-delà de l’indignation politique, la communauté médicale s’est également exprimée avec force. Pour le professeur et gynécologue Félix Momat, les faits rapportés traduisent une rupture profonde avec les fondements mêmes de la pratique médicale.
Dans une analyse rigoureuse, il souligne que toute tentative de justifier une violence physique sur une patiente constitue une dérive grave, à la fois juridique et éthique. En droit pénal, rappelle-t-il, l’« état de nécessité » ne saurait être invoqué pour légitimer une atteinte corporelle lorsqu’il existe des alternatives licites. L’article 17 du Code pénal protège celui qui agit pour éviter un danger imminent, mais non celui qui impose une contrainte physique ou psychologique sous prétexte thérapeutique.
Sur le plan déontologique, le professeur insiste sur le principe fondamental de respect de la dignité et de l’intégrité du patient. Le soin repose sur une relation de confiance, fondée sur le consentement éclairé. Toute violence constitue ainsi une violation du principe de non-malfaisance, ndlr primum non nocere et une atteinte à l’essence même de la médecine.
Plus encore, le professeur met en garde contre un « glissement moral » dangereux : celui qui transformerait le pouvoir thérapeutique en pouvoir coercitif. Une dérive qui brouille la frontière entre soin et punition et fragilise durablement la confiance envers le corps médical.
Une version contestée par l’expert
Sur le fond, Félix Momat conteste également la justification avancée autour d’un prétendu état critique de la patiente. Selon lui, même sans transfert, des gestes simples auraient suffi à assurer la prise en charge.
Il précise qu’une femme réellement en état de choc hémorragique ne peut ni se redresser, ni se tenir debout, encore moins opposer une résistance physique. Cette incohérence, souligne-t-il, met à mal la version présentée pour justifier les violences. Il invite d’ailleurs à se référer aux notions médicales de choc hypovolémique et de choc hémorragique, deux tableaux cliniques précis qui ne correspondent pas à la scène observée.
Une défense contestée
De leur côté, les avocats du médecin ont critiqué la procédure, estimant que la saisine du tribunal comporterait des irrégularités, notamment quant à la représentation de la plaignante.
À la barre, le Dr David a tenté de justifier son attitude en évoquant une patiente peu coopérative dès le début du travail. Il affirme lui avoir prodigué des conseils et évoque un refus de certains soins, notamment l’administration d’oxytocine et certaines interventions nécessaires à l’accouchement.
Selon lui, plusieurs confrères auraient également échoué à réaliser la suture avant son intervention. « Un confrère a proposé de transférer la patiente ailleurs. J’ai refusé. Nous sommes un hôpital de référence, nous devons assumer. J’ai dit : laissez-moi d’abord essayer. Et si cela nous dépasse, nous aviserons ensuite. »
Le médecin soutient avoir agi pour éviter des complications graves, reconnaissant toutefois avoir exercé des contraintes physiques. « J’ai commencé par des intimidations… J’admets lui avoir donné des coups, mais pas avec une grande intensité. »
Une déclaration qui n’a fait qu’alimenter l’indignation générale.
Alors que le procès suit son cours, l’opinion publique attend désormais des réponses claires et des sanctions à la hauteur de la gravité des faits. Par ailleurs, la femme ayant accouché est prise en charge ainsi que son enfant dans une autre structure médicale.
Rédaction