Dans une correspondance adressée au président de la République et dont une copie a fuité sur la toile, le président du tribunal de commerce de Lubumbashi, Laurent Ilunga Batubenga, annonce sa démission et explique qu'elle est due aux pressions que certains membres du pouvoir exercent sur lui pour condamner Moïse Katumbi.
Laurent Ilunga Batubenga évoque notamment les menaces qui, selon lui, émanent de Maître Peter Kazadi, un très proche collaborateur du Président de la République. Selon lui, Maître Peter Kazadi, qui "prétend ne pas agir en son nom propre mais dans l'intérêt du pouvoir, voudrait qu'il s'implique en tant que chef de juridiction pour contribuer à priver un adversaire politique des ressources financières qui lui donneraient les moyens de combattre le régime lors des prochaines élections".
Parallèlement, citant le même proche collaborateur du président de la République et membre influent du parti au pouvoir, Laurent Ilunga Batubenga indique que Peter Kazadi lui a fait comprendre avoir “reçu la mission de piloter la mise en place des magistrats et qu'il risque de perdre son poste lors de la prochaine mise en place".
"Je subis de fortes pressions de la part de M. Peter Kazadi, par personnes interposées, pour valider les saisies et cessions effectuées sans titre exécutoire par OCTAVIA LIMITED et NB MINING AFRICA SA, qui appartiennent à M. Pascal Beveragi, soit contre la société ASTALIA INVESTMENT LIMITED, qui appartient à M. Moïse KATUMBI, soit contre des tiers qui ont versé à ces derniers des sommes qu'ils détenaient pour le compte des deux sociétés précitées", écrit-il.
Outre cela, il souligne toutefois que la menace qui pèse sur lui n'a pas entamé son engagement à respecter les termes de son serment. "Les saisies d'OCTAVIA LIMITED et de NB MINING AFRICA SA n'ont pu être menées à bien faute d'un titre exécutoire. Il va sans dire que ce comportement de quelqu'un qui prétend agir dans l'intérêt du gouvernement est contraire à votre vision de la construction d'un État de droit, qui présuppose la prééminence de la loi sur le pouvoir politique ainsi que le respect de la loi tant par les gouvernants que par les gouvernés”.
Ilunga Batubenga, qui parle également de messages et d'appels anonymes et menaçants sur son téléphone ainsi que d'une invitation du Conseiller Spécial de Sécurité a.i. pour une séance de travail, dit craindre sérieusement pour sa sécurité et celle de sa famille et se dit contraint de jeter l'éponge.
Pour les tshisekedistes, il s'agit d'un plan fomenté par Moïse Katumbi
Peter Kazadi, qui est nommément cité dans cette affaire, rejette toutes les accusations portées contre lui. Ce proche de Félix Tshisekedi dit ne pas connaître le juge Laurent Ilunga Batubenga et précise que pour lui, Moise Katumbi est derrière ce juge. "Je n'ai rien à voir avec cela et je ne sais rien de cette affaire ...Je n'ai jamais vu cet homme et je ne le connais pas”.
Honoré Mvula, un partisan du régime Tshisekedi, soutient également que cette démission doit être une manipulation. "Comment un juge peut démissionner et c'est un camp de l'opposition qui annonce sa démission en partageant massivement sa lettre de démission sur les réseaux sociaux en impliquant d'autres acteurs. Ce juge doit être interrogé pour en savoir plus".
Jean-Claude Muyambo soutient qu'en démissionnant de son poste du président de tribunal de commerce, "Batubenga Ilunga Laurent a sa place dans la profession d'avocat où il pourra défendre l'Etat de droit librement et sans contrainte".
Le soutien des katumbistes
A l'annonce de la démission de M. Batubenga, plusieurs proches collaborateurs de Moïse Katumbi ont réagi. C'est notamment le cas du conseiller de l'homme politique, Abel Mundala, qui alerte"la communauté internationale sur un plan d'élimination des candidats à la présidence de la RDC par les dossiers judiciaires". Il estime que le régime au pouvoir ne veut pas d'élections inclusives.
Pour un autre katumbiste, Eric Kamus, l'État de droit est vidé de sa substance par le président de la République et son homme à tout faire Peter Kazadi. “Aujourd'hui, le juge Batubenga, avec une carrière de plus de 25 ans, a été contraint de démissionner à cause de l'instrumentation de la justice”.
“Le président Félix Tshisekedi lui-même avait dénoncé des personnes de son entourage qui font du trafic d'influence, qui influencent les juges. Ce n'est pas la première fois que des juges se plaignent de ce genre de comportement", déclare également Michael Tshibangu, un autre conseiller de Moïse Katumbi.
“Le juge a saisi le président de la République qui est le garant du fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des institutions. J'espère qu'une enquête sera ouverte. Les membres de l'entourage qui se conduisent mal doivent être sanctionnés. La justice élève une nation” ajoute-t-il.