Au lendemain de la prise de la cité de Kitchanga dans l’Est du pays, la sénatrice Francine Muyumba ne décolère pas. Ce membre du parlement et actrice politique de la formation de l’ancien président Joseph Kabila affirme que l'heure est grave.
La sénatrice, membre du Front Commun pour le Congo, Francine Muyumba est furieuse après la chute de la cité de Kitchanga aux mains du mouvement rebelle M23 au Nord-Kivu.
Dans une déclaration ce vendredi, Muyumba a souligné la nécessité pour les deux chambres du parlement de tenir une session extraordinaire pour discuter de la détérioration de la situation sur le terrain. "Le pays va très, très mal", a déclaré le membre de l'opposition, énumérant un certain nombre de cités et de localités où le gouvernement de Kinshasa n'exerce plus son autorité.
"Dans les pays sérieux, le gouvernement tombe par un vote de défiance. Le parlement doit jouer son rôle comme il se doit, les incompétents doivent tomber au lieu des villes et villages qui tombent", a déclaré la sénatrice.
Muyumba soutient que cette situation ne doit pas perdurer et insiste sur le fait que la rébellion du M23 ne doit pas prendre le contrôle du fief de la province du Nord-Kivu.
"Il n'est pas question que Goma tombe. Il y a un besoin de cohésion interne. Que les incompétents qui gouvernent tombent plutôt que ce soient les cités et localités qui tombent. Soit on sauve le pays, soit on maintient ceux qui restent dans les dénonciations au lieu d'agir", a lâché la sénatrice, visiblement très remontée.
Cette position de Muyumba rencontre manifestement celle de plusieurs personnes, qui au lendemain de la capture de Kitchanga multiplient des interrogations et des appels à agir. Plusieurs acteurs et analystes politiques critiquent sévèrement la manière dont Kinshasa gère cette situation. Ceux-ci condamnent également l'attitude passive de la force régionale de l'EAC, une lecture qui semble être celle de nombreux Congolais. En effet, 90 % des 93 personnes interrogées jeudi par CONGORASSURE.CD ont condamné l'attitude passive adoptée par les militaires de l'EAC, présents en province du Nord-Kivu.
Flavien Shirandi, expert en politique internationale, diplomatie et gestion des conflits, réagissent à la déclaration de la sénatrice Muyumba, a également soutenu que la crise de leadership est trop profonde. "Il est étonnant de voir comment certaines personnes défendent l'indéfendable. L'adhésion à l'EAC était une erreur, la force régionale une erreur, l'état de siège une erreur, l'amitié avec Kagame une erreur", a-t-il expliqué.
"Notre système de gouvernance institutionnelle est en panne. Dans un pays normalement gouverné, ce gouvernement serait tombé depuis longtemps face à l'effritement de la souveraineté nationale que la situation de nos territoires occupés nous impose par le M23/Rwanda", a réagi Christian Nyamabo, membre du mouvement citoyen et politique “Pouvoir Du Peuple”.
Jeudi soir, les combattants du M23 ont pris le contrôle de la cité de Kitchanga, qui est l'une des plus importantes du territoire de Masisi. Cette situation a poussé de nombreuses personnes vivant dans cette partie du Nord-Kivu à prendre la route de l'exode. Alors que d'autres se sont dirigées vers les entités environnantes, plusieurs centaines ont choisi de se réfugier dans la base de la MONUSCO à Kitchanga, où elles bénéficient de la protection des casques bleus marocains.
Selon des sources locales à Kitchanga, des armes lourdes et légères sont entendues près de la cité depuis vendredi matin. Selon les premières informations, les soldats des forces armées de la République démocratique du Congo combattent les rebelles afin de reprendre le contrôle de la cité de Kitchanga et de ses environs.
CongoRassure