Un débat particulièrement tendu autour de l’état de siège a marqué les travaux de l’Assemblée nationale, vendredi 15 mai, après une intervention remarquée du député national John Mbonda dénonçant ce qu’il considère comme une « multiplication des intimidations » contre certains élus critiques de la gestion sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
Prenant la parole devant les députés, l’élu a lancé un véritable cri d’alarme sur la situation politique et sécuritaire dans l’Est de la République Démocratique du Congo, estimant que certains responsables militaires provinciaux auraient transformé l’état de siège en un « instrument d’oppression politique ».
« Nous assistons à une dérive sans précédent dans ces deux provinces, où certains animateurs ont transformé l’état de siège en un instrument d’oppression politique et de spoliation des élus », a déclaré John Mbonda devant la plénière.
Le député a accusé certains gouverneurs militaires de cibler systématiquement les parlementaires qui dénoncent des dysfonctionnements liés aussi bien aux opérations militaires qu’à la gestion administrative sous état de siège.
Selon lui, plusieurs élus deviennent victimes d’intimidations ou de « fausses accusations » après leurs prises de position critiques au Parlement.
Dans son intervention, John Mbonda a également rappelé l’engagement des députés nationaux dans l’effort de guerre en faveur des populations de l’Est, évoquant notamment des contributions financières spéciales consenties par les parlementaires au nom de la solidarité nationale.
« Qualifier cette solidarité parlementaire d’acte de participation à un mouvement insurrectionnel frise le découragement et joue le jeu de l’ennemi », a-t-il martelé.
Le député a particulièrement cité les cas des élus Gratien Iracan, Abdallah ainsi que Crispin Mbindule, qu’il considère comme des exemples de parlementaires faisant déjà l’objet de pressions en raison de leurs critiques contre la gestion sécuritaire dans leurs provinces.
Pour John Mbonda, réduire les députés au silence reviendrait à priver les populations meurtries de leurs derniers relais institutionnels.
« Vouloir faire taire les élus, c’est rendre la population doublement victime : d’abord par les balles de l’agresseur, ensuite par le silence imposé aux seuls porte-voix que sont les députés nationaux », a-t-il insisté.
Dans un ton particulièrement grave, l’élu a averti ses collègues sur les conséquences institutionnelles d’une telle situation, estimant que le pouvoir législatif risquerait de perdre sa capacité de contrôle face aux autorités administratives et militaires.
« Un élu qu’on fait taire, c’est un peuple qu’on assassine », a conclu le député sous les applaudissements d’une partie de l’hémicycle.
Cette sortie intervient dans un contexte de tensions croissantes entre plusieurs députés nationaux de l’Est et certaines autorités militaires provinciales, alors que les critiques se multiplient sur l’efficacité de l’état de siège instauré depuis 2021 pour lutter contre les groupes armés dans l’Est de la RDC.
Diddy Mastaki