À Uvira, la paix ne devrait pas être seulement un mot que nous prononçons avec notre bouche ou que nous écrivons avec nos mains. Elle doit être en nous, dans notre manière de vivre, de réagir, de voir les choses, mais aussi dans notre manière d’écouter les autres.
Aujourd’hui, le téléphone occupe une place importante dans notre vie. Il nous permet de communiquer rapidement, de nous informer et de rester en contact avec les autres. Mais il est aussi devenu, pour certains, un instrument de propagation d’injures, de messages de provocation, de haine, de fausses informations et d’accusations sans fondement.
Dans certaines émissions interactives diffusées en direct sur les radios locales, un simple coup de téléphone peut parfois contribuer à diviser une communauté ou à créer des tensions. Même lorsque le journaliste intervient pour recadrer l’auditeur, le message a déjà été entendu par le public. Des autorités, des leaders communautaires ou de simples citoyens peuvent être victimes d’injures et d’accusations sans preuves. Certains auditeurs vont même jusqu’à diffuser de fausses alertes, créant ainsi la confusion et la peur au sein de la communauté.
Cette situation s’observe également sur les réseaux sociaux. Derrière son téléphone, un internaute peut publier un commentaire, partager un message de haine ou diffuser une fausse information, parfois avec l’intention de nuire. En quelques secondes, une publication peut être partagée par plusieurs personnes et toucher un grand nombre d’internautes.
À la radio comme sur les réseaux sociaux, les accusations non fondées et les informations non vérifiées peuvent fragiliser la cohésion sociale et le vivre-ensemble.
Être derrière son téléphone ne signifie pas être sans responsabilité. Nous devons rester conscients de la portée de nos paroles et de nos écrits. Avant d’appeler une émission, de répondre à un appel, de commenter une publication ou d’écrire un message dans un groupe WhatsApp, Facebook ou TikTok, prenons le temps de réfléchir.
Ce que je m’apprête à dire ou à écrire va-t-il contribuer à construire ou à détruire ?
Notre message, qu’il sorte de notre bouche ou de nos mains, devrait avoir pour objectif de sensibiliser, d’informer, d’apprendre ou de divertir. Il ne devrait pas être destiné à provoquer, à nuire, à insulter, à semer la haine ou à désinformer.
Nous avons besoin de transformer nos espaces de communication en espaces de dialogue. Les réseaux sociaux ne devraient pas être uniquement des lieux où nous nous opposons et nous insultons. Ils peuvent aussi être des espaces où nous échangeons nos idées, dénonçons les problèmes de notre société avec responsabilité et cherchons ensemble des solutions.
La paix commence aussi par notre manière de communiquer. Une parole peut diviser une communauté, mais elle peut également la réconcilier. Une publication peut provoquer une tension, mais elle peut aussi sensibiliser et rapprocher les personnes.
À Uvira, nous avons besoin de chacun pour préserver la cohésion sociale, le vivre-ensemble et la stabilité de notre société. Les autorités, les journalistes, les leaders communautaires, les jeunes, les internautes et chaque citoyen ont tous une responsabilité dans la construction d’un environnement plus pacifique.
Alors, avant de parler, d’appeler, d’écrire ou de partager, réfléchissons aux conséquences de notre message. Et si notre bouche devenait un instrument pour transmettre la paix et nos mains un instrument pour écrire des messages de paix ?
Notre société pourrait alors devenir plus stable, plus responsable et plus sécurisée. La paix ne doit pas seulement être un message que nous attendons des autres. Elle doit aussi devenir un message que nous transmettons nous-mêmes.
À l'occasion de la Journée internationale de la paix célébrée le 21 septembre de chaque année, je vous invite à demeurer des artisans de paix, afin de faire de notre pays une nation stable, plus belle qu'avant.
Kefa Karago Placide