Avec l’Union Africaine qui insiste sur l’arrêt des combats et le dialogue avec le M23, Kinshasa va-t-il céder ?
Au Nord-Kivu, les rebelles du mouvement M23 ont, grâce au soutien rwandais et ougandais, pris le contrôle de plusieurs entités stratégiques de la province. Dans la capitale Kinshasa, les autorités congolaises, qui martèlent sur l’option militaire pour forcer les rebelles à déposer les armes, font face à une forte pression extérieure pour ouvrir un dialogue.
Que vont faire les décideurs ? C’est la question que se posent de nombreux Congolais face à la dégradation de la situation sécuritaire dans l’Est du pays, notamment dans le Rusthuru au Nord-Kivu, avec la résurgence en force du M23. La question de la pression internationale concernant le dialogue, intrigue également de plus en plus la population congolaise. En effet, après que le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a reçu le dimanche 30 octobre l’émissaire du président angolais Joao Lourenço, un communiqué de l’Union africaine est tombé dans la soirée appelant les deux parties-RDC et rebelles M23- impliquées dans le conflit au Nord-Kivu à ouvrir des négociations.
La présidence de la RD Congo, citant Tete Antonio, ministre angolais des Relations extérieures, a déclaré à cette occasion que le message de l’envoyé spécial de Luanda portait sur plusieurs points, notamment les questions liées à la paix et à la sécurité dans l’est de la RDC. « Le président Lourenço assure la médiation entre la RDC et le Rwanda dans le cadre de la CIRGL et poursuit ses efforts pour trouver une solution pacifique au différend entre Kinshasa et Kigali par l’application de la feuille de route de Luanda établie en juillet 2022 », a rappelé le bureau du président Tshisekedi, sans pour autant s’étaler sur ce qu’en pensent les autorités du pays.
L’Union africaine, suivant la même ligne que l’émissaire angolais, se dit profondément préoccupée par la détérioration de la situation sécuritaire dans les provinces orientales de la République démocratique du Congo. Le sénégalais Macky Sall, président en exercice de l’Union africaine, et Moussa Faki, chef de la Commission de l’Union africaine, appellent toutes les parties à établir un cessez-le-feu immédiat, à respecter le droit international, la sécurité des civils et la stabilité des frontières de tous les pays de la région.
Ils exhortent en outre toutes les parties prenantes à engager un dialogue constructif, dans le cadre du Mécanisme existant, du Cadre de paix, de sécurité et de coopération de l’Union africaine pour la RDC et la région, et du Dialogue de paix intercongolais de la Communauté d’Afrique de l’Est. À cet égard, elles appellent toutes les parties à participer de bonne foi au troisième dialogue de paix intercongolais qui se tiendra à Nairobi du 4 au 13 novembre 2022. Les deux personnalités expriment leur plein soutien aussi à la Feuille de route de Luanda visant à normaliser les relations politiques entre la RDC et le Rwanda. Ils soulignent que les initiatives de l’Union africaine, de la CAE et de la CIRGL sont complémentaires et se soutiennent mutuellement.
Même si Macky Sall et Moussa Faki encouragent le Président Joao Lourenço à poursuivre sa mission de Facilitateur d’un Dialogue constructif entre la RDC et le Rwanda, pour l’instant Kinshasa n’a pas encore officiellement et clairement déclaré ce qu’elle pense de cet énième dialogue. Il est difficile de savoir pour l’instant si les autorités congolaises vont céder et arrêter complètement la voie militaire ou si elles vont opter au même titre pour le dialogue ainsi que pour la diplomatie et la voie militaire. Au vu des réactions dans l’opinion congolaise rien qu’en entendant le mot « dialogue », il s’avère important que les dirigeants congolais décident intelligemment de la voie qu’ils vont choisir pour éradiquer définitivement la rébellion du M23, et ce sans surtout mécontenter leurs administrés.