Le retrait des combattants du M23 de plusieurs villages du territoire de Lubero suscite un sentiment mêlé de soulagement et de prudence au sein des populations du Nord-Kivu. Après des mois d’occupation et d’incertitude, cette évolution est perçue comme un premier signal positif, sans pour autant dissiper toutes les inquiétudes.
À Beni, où vivent de nombreux déplacés internes ayant fui les zones sous contrôle rebelle, la nouvelle s’est rapidement propagée, alimentant des discussions pleines d’espoir mais aussi de méfiance.
« C’est une bonne nouvelle pour nous. Chaque retrait, même partiel, nous redonne un peu d’espoir. Mais nous savons que rien n’est encore fini », témoigne Jean-Baptiste Mwenge, déplacé originaire de Goma.
Goma et Bukavu au centre des attentes
Au-delà de Lubero, les regards restent tournés vers Goma et Bukavu, deux villes stratégiques dont un éventuel retrait du M23 serait perçu comme un véritable tournant.
« Tant que Goma et Bukavu ne sont pas totalement libérés, on ne peut pas parler de victoire. C’est là que tout se joue », affirme Chantal Macula infirmière déplacée.
Pour une partie de la population, la présence rebelle dans ces grandes agglomérations symbolise une emprise étrangère persistante sur l’Est du pays.
L’exigence de sécurité et la fin des « trahisons »
Si le retrait est salué, les habitants appellent les autorités à tirer les leçons du passé. La sécurisation des zones libérées apparaît comme une priorité absolue.
« Nous ne voulons plus revivre ce que nous avons connu. Il faut protéger la population et surtout couper la chaîne des trahisons qui ont permis à l’ennemi de s’installer », insiste motocycliste à Beni.
Cette dénonciation des complicités internes revient fréquemment dans les échanges avec les populations, qui y voient l’un des facteurs majeurs de l’instabilité persistante.
Justice attendue pour les victimes
Parallèlement aux préoccupations sécuritaires, la question de la justice s’impose avec force. Plusieurs habitants évoquent la nécessité de juger les auteurs de crimes commis durant l’occupation, y compris à travers des mécanismes de justice traditionnelle.
« Les gens ont souffert. Si on ne rend pas justice, la paix ne sera jamais complète », estime une habitante rencontrée dans une rue de Beni.
Une paix encore fragile
Si le retrait du M23 à Lubero est accueilli comme une avancée, il ne marque pas encore la fin de la crise. Entre espoir de libération totale, exigence de sécurité et quête de justice, la population du Nord-Kivu reste suspendue à l’évolution de la situation.
Pour beaucoup, la véritable victoire ne sera atteinte que lorsque la paix sera visible dans les villages, les villes… et dans les esprits.
Diddy Mastaki