Le député national Paul Babangu propose une approche combinant renseignement, action militaire et justice pour lutter contre les ADF/MTM dans le Nord-Est de la République Démocratique du Congo. Au cœur de sa proposition : couper les sources de financement, infiltrer les réseaux d’approvisionnement et mener des opérations conjointes contre les combattants.
Selon cette stratégie, la lutte contre les ADF ne devrait pas se limiter à la traque des combattants sur le terrain. Elle devrait également cibler les réseaux qui permettent au groupe armé de financer ses activités, de se ravitailler et de maintenir ses capacités opérationnelles.
Couper les financements, notamment via le Mobile Money
Paul Babangu préconise d’abord un renforcement du renseignement militaire et financier afin d’identifier les circuits qui alimentent les ADF.
Le député cite notamment les transactions effectuées à travers les services de Mobile Money, qui devraient, selon lui, faire l’objet d’un suivi permettant d’identifier les éventuels flux financiers destinés aux réseaux du groupe armé.
Il évoque également les minerais parmi les secteurs susceptibles d’être examinés dans le cadre de l’assèchement des sources de financement. L’objectif de cette démarche serait de priver les combattants des moyens nécessaires à leur fonctionnement, notamment pour l’approvisionnement, le déplacement et le recrutement.
Infiltrer les réseaux d’approvisionnement
Le deuxième axe proposé concerne les réseaux qui assurent l'approvisionnement des combattants. Paul Babangu préconise une infiltration des réseaux d’apport internes afin d’identifier les personnes, circuits et relais qui faciliteraient l’accès des ADF aux ressources nécessaires à leurs activités.
Cette démarche repose essentiellement sur le renseignement. Elle vise à aller au-delà des positions connues des combattants pour remonter les chaînes logistiques et identifier leurs relais. Pour l’élu, le démantèlement de ces réseaux doit être mené conjointement avec les opérations militaires.
Une opération conjointe contre les ADF
Sur le plan militaire, Paul Babangu plaide pour une action conjointe des forces engagées dans la lutte contre les ADF, notamment les FARDC et l’UPDF, avec un appui accru du renseignement. Sa stratégie prévoit notamment l’utilisation de forces spécialisées pour des opérations ciblées contre les bastions des ADF.
Mais la proposition ne s'arrête pas à la reprise des positions occupées par les combattants. Elle insiste sur la nécessité d'une présence permanente dans les zones libérées, afin d'empêcher leur retour. Le contrôle continu des axes stratégiques, notamment la RN4, fait également partie des mesures avancées.
Le volet judiciaire
Paul Babangu intègre enfin la justice militaire et l’administration pénitentiaire dans son approche.
Il préconise que les personnes identifiées comme membres ou complices des réseaux des ADF soient soumises aux procédures judiciaires prévues par la loi, afin d'éviter que les réseaux démantelés puissent se reconstituer. Il évoque également la déradicalisation et la réinsertion sous conditions pour certaines personnes concernées, dans le respect du cadre légal.
Une stratégie fondée sur trois leviers
Pour Paul Babangu, la réponse aux ADF doit donc fonctionner simultanément sur trois fronts : le renseignement pour couper les financements et identifier les réseaux, les opérations pour neutraliser les combattants et sécuriser durablement les zones reprises, et la justice pour traiter les responsabilités établies.
Cette approche place ainsi le démantèlement des capacités financières et logistiques au même niveau que l'action militaire. L'objectif affiché par le député est de mener une action coordonnée permettant non seulement de combattre les combattants sur le terrain, mais aussi de réduire les réseaux qui assurent leur financement, leur approvisionnement et leur soutien.
Joël Heri Budjo