La Haute Cour militaire de la République Démocratique du Congo est le théâtre d’un débat aux implications à la fois judiciaires et stratégiques concernant l’arrestation du Lieutenant-Général Philemon Yav Irung, une affaire qui continue de susciter des interprétations divergentes sur la conduite des opérations militaires dans l’Est du pays.
Pour Me Ngwapitshi Carl, avocat de la défense, cette mesure aurait eu des conséquences directes sur la stabilité du front militaire face aux groupes armés actifs dans la région. Il estime que l’éloignement de l’officier du théâtre des opérations aurait contribué à une fragilisation progressive de la dynamique sécuritaire dans l’Est.
S’appuyant sur la théorie de la MEDOT (Méthode d’Élaboration de Décision Opérationnelle Tactique), l’avocat développe une lecture stratégique du conflit, affirmant que « le mode opératoire de l’agresseur consiste à diaboliser ceux qui lui font obstacle », dans une logique de neutralisation des acteurs militaires jugés efficaces sur le terrain.
Selon lui, le Lieutenant-Général Yav aurait réussi à contenir la progression de l’ennemi pendant environ un mois avant son rappel à Kinshasa. Il soutient qu’après cette décision, la situation sécuritaire se serait détériorée progressivement dans plusieurs zones de l’Est, jusqu’à la chute de Goma.
Dans son argumentaire, Me Ngwapitshi mobilise également le concept de « centre de gravité » en stratégie militaire. Il estime que si un centre de gravité est réellement détruit mais que les hostilités se poursuivent, cela implique une erreur d’identification dans la planification opérationnelle.
C’est dans ce cadre qu’il pose une question centrale : « Qui était réellement le centre de gravité : Yav ou Cirimwami ? », en référence au gouverneur militaire du Nord-Kivu, aujourd’hui décédé, qui avait été impliqué dans les accusations à l’origine de la procédure contre l’officier poursuivi.
Cette prise de position relance le débat sur la chaîne de commandement militaire, la responsabilité des décisions prises en période de conflit, ainsi que leurs effets sur la conduite des opérations dans un contexte sécuritaire toujours volatile dans l’Est de la RDC.
Diddy Mastaki