Le retour du général-major Sylvain Ekenge Bomusa Efomi aux fonctions de porte-parole des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) suscite une nouvelle réaction de Kigali. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a publiquement dénoncé cette décision, qu’il qualifie de « troublante et indécente ».
Le retour de l’officier est apparu vendredi 25 septembre 2026 dans un communiqué de l’état-major général des FARDC consacré au crash aérien survenu à Kenge, dans la province du Kwango. Le document, annonçant notamment la mort des lieutenants-généraux Joseph Mutombo Katalay Tiende et Lucien-René Likulia Bakumi, est signé par Sylvain Ekenge et le présente de nouveau comme porte-parole des FARDC.
Aucun communiqué distinct annonçant officiellement la levée de sa suspension n’avait toutefois été identifié au moment de cette reprise de fonction. Son retour est donc établi, sur le plan public, par sa signature sur ce document officiel de l’état-major.
Une réintégration qui ravive la controverse
Sylvain Ekenge avait été suspendu le 29 décembre 2025, deux jours après une intervention sur la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC) au cours de laquelle il avait tenu des propos visant la communauté tutsie, notamment au sujet des mariages avec des femmes tutsies. L'état-major général des FARDC avait alors condamné ces déclarations, précisant qu'elles ne reflétaient ni la position officielle de l'armée, ni celle du gouvernement congolais.
À l'époque, la suspension avait été annoncée par le chef d'état-major général des FARDC. La mesure était intervenue dans un contexte de réactions en RDC et à l'étranger face aux propos de l'officier.
Près de neuf mois plus tard, son retour à la tête de la communication militaire congolaise remet cette affaire au premier plan.
Kigali dénonce une décision « troublante et indécente »
Réagissant à cette évolution, Olivier Nduhungirehe estime que la réintégration du général-major constitue un signal préoccupant. Le chef de la diplomatie rwandaise affirme notamment qu'elle démontrerait, selon son interprétation, que les discours visant les Congolais tutsis ne seraient pas de simples déclarations individuelles, mais relèveraient d'une orientation politique assumée par Kinshasa.
Le ministre rwandais fait également le rapprochement entre les propos tenus par Ekenge en décembre 2025 et le « Premier des Dix Commandements des Hutu », texte publié en 1990 dans la revue rwandaise Kangura. Cette référence est particulièrement sensible en raison de son association avec la propagande extrémiste ayant précédé le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.
Des médias internationaux avaient déjà relevé, au lendemain des déclarations de décembre 2025, les similitudes invoquées par des responsables rwandais entre les propos du général congolais et cette rhétorique historique.
Kinshasa n'a pas annoncé de nouvelle justification
Pour l'heure, le retour de Sylvain Ekenge comme porte-parole apparaît principalement à travers le communiqué officiel publié après le crash de Kenge. Ce document est consacré à l'accident aérien et à la disparition de deux hauts magistrats militaires, et non à la levée de la suspension de l'officier.
La reprise de ses fonctions intervient ainsi sans qu'une communication publique distincte, expliquant les raisons ou les modalités de cette réintégration, ait été identifiée dans les sources consultées.
Cette évolution intervient dans un contexte particulièrement tendu entre Kinshasa et Kigali, marqué par leurs désaccords persistants sur la situation sécuritaire dans l'est de la RDC. La question des discours visant les communautés ethniques demeure par ailleurs particulièrement sensible dans la région des Grands Lacs, compte tenu de l'histoire des violences et des conflits qui l'ont traversée.
Le retour du général Sylvain Ekenge risque ainsi de maintenir la controverse autour de ses déclarations de décembre 2025, alors même que l'officier reprend un poste directement lié à la communication officielle de l'armée congolaise.
Diddy Mastaki