L’annonce de la création du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), présenté comme un nouveau mouvement politico-militaire dirigé par Joseph Kabila, pourrait provoquer un profond malaise au sein de « Sauvons la RDC ». Certains commencent déjà à prendre leurs distances.
Cette plateforme d’opposition, qui rassemble des personnalités politiques, des militants pro-démocratie et des défenseurs des droits humains, se retrouve face à une question délicate, celle de suivre l’ancien président dans une nouvelle aventure politico-militaire ou préserver son engagement citoyen et non violent.
La question pourrait rapidement s’imposer au sein de « Sauvons la RDC ». Que deviendra cette plateforme politique et citoyenne après l’annonce, lundi 12 octobre 2026, de la création à Goma du Front pour la Refondation de la Nation (FRN)? Selon les dernières informations, Joseph Kabila a pris la présidence de cette nouvelle organisation aux côtés de Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa et Sultani Makenga, figures majeures de l’AFC/M23.
Mais au-delà des conséquences politiques et militaires qu’impliquerait une telle recomposition, c’est désormais l’avenir de « Sauvons la RDC » qui interroge. Lancée à Nairobi en octobre 2025 sous l’impulsion de l’ancien chef de l’État, cette plateforme s’était donné pour ambition de fédérer différentes sensibilités de l’opposition congolaise autour de la défense de la Constitution, des libertés fondamentales et de la restauration de l’État de droit.
Une initiative à laquelle avaient adhéré plusieurs acteurs de la société civile, dont des militants historiquement engagés dans la défense des droits humains. Pour nombreux de ceux-ci, l’éventuelle évolution de Joseph Kabila vers la direction d’un mouvement politico-militaire pose désormais une question de cohérence entre leurs convictions et leur engagement politique.
Si plusieurs membres de la plateforme ne se sont pas encore publiquement prononcés sur cette nouvelle donne, certaines prises de position retiennent déjà l’attention. L’un des activistes et défenseurs des droits humains au Nord-Kivu, vient d’affirmer vouloir se démarquer de « Sauvons la RDC » pour préserver son engagement en faveur de la lutte pacifique.
« Je suis un activiste et défenseur des droits humains ayant choisi la lutte non violente. Avec la transformation de l’AFC/M23 en FRN, je prends mes distances avec le mouvement « Sauvons la RDC » et je reste activiste. »
La position de ce jeune du Nord-Kivu peut ainsi illustrer les interrogations d’autres militants qui avaient rejoint la plateforme de Joseph Kabila pour défendre un projet de changement politique, sans nécessairement envisager une association avec une rébellion armée.
C’est probablement là que réside l’une des principales difficultés auxquelles « Sauvons la RDC » pourrait être confronté. La plateforme rassemble des profils aux trajectoires différentes, anciens responsables politiques, opposants, militants citoyens et défenseurs des droits humains. Dans le passé, certains militants pro-démocratie, avaient publiquement assumé leur rapprochement avec Joseph Kabila, malgré les controverses entourant son bilan présidentiel. Cependant une alliance politique autour de revendications démocratiques et l’adhésion à une éventuelle organisation politico-militaire constituent deux engagements de nature différente. Dès lors, plusieurs scénarios se dessinent.
Certains membres pourraient choisir de suivre Joseph Kabila, considérant que leurs objectifs politiques demeurent inchangés. D’autres pourraient préférer rester au sein de « Sauvons la RDC », à condition que la structure conserve son autonomie et sa vocation pacifique.Une troisième catégorie pourrait prendre ses distances, pour poursuivre son combat citoyen en dehors de toute organisation susceptible d’être associée à une lutte armée.
Ces hypothèses restent néanmoins ouvertes. Aucune décision collective de dissolution, de fusion ou de transformation de « Sauvons la RDC » n’a, à ce stade, été établie.
Cette situation pourrait également représenter un défi politique pour Joseph Kabila. En créant « Sauvons la RDC », l’ancien président avait réussi à rassembler autour de lui des acteurs qui ne partageaient pas nécessairement son passé politique, mais qui se retrouvaient dans une opposition commune à la gouvernance de Félix Tshisekedi. L’éventualité d’une nouvelle structure dirigée depuis Goma pourrait cependant modifier les termes de cette alliance.
Car si une partie de ses partenaires pourrait accepter une radicalisation de la confrontation politique, d’autres pourraient considérer qu’un rapprochement organisationnel avec l’AFC/M23 franchirait une ligne incompatible avec leurs convictions.
« Sauvons la RDC » peut-il survivre politiquement à une telle recomposition ?
La survie de « Sauvons la RDC » dépendrait notamment de la capacité de ses membres à définir une ligne politique autonome, de la position de ses responsables et de la nature des éventuels liens entre les deux organisations.
Pour les militants des droits humains qui avaient choisi de rejoindre cette coalition, l’enjeu dépasse désormais la seule opposition à Félix Tshisekedi. Il touche à la méthode de lutte, à l’indépendance de leur engagement et à la place de la société civile dans une crise marquée par la persistance des violences dans l’est du pays.
La Rédaction