BENI : Pour diverses raisons, beaucoup de jeunes hésitent encore à rejoindre l’armée et la police
Dans un communiqué officiel publié le vendredi 28 janvier 2022, le service de communication et d’information de la 34ème région militaire a annoncé le recrutement de militaires hommes et femmes dans les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). Selon le commandant de la 34e région militaire, cet appel s’adresse à toute la population du Nord-Kivu, et plus particulièrement aux jeunes.
Ce n’est pas la première fois que l’armée recrute dans la région de Beni. Plusieurs campagnes de sensibilisation et de recrutement ont déjà été menées dans cette région en proie à des conflits armés. L’objectif a toujours été d’amener les jeunes de cette région à participer au rétablissement de la paix tout en servant sous le drapeau national.
“Nous sommes dans une région un peu exceptionnelle où l’ADF est en train d’endeuiller plusieurs familles. C’est la motivation qui peut amener les jeunes à s’engager dans l’armée. Nous demandons aux parents et à toute la population de passer le mot afin d’endiguer cette force négative qui écume la population”, déclarait d’ailleurs en février 2021 le colonel Faustin Ndakala, chef du recrutement des FARDC au Nord-Kivu, lors d’une campagne de recrutement.
Cependant, lors de ces multiples campagnes de recrutement, seuls quelques jeunes répondent à l’appel de l’armée. Il a également été constaté que “les jeunes ayant plusieurs diplômes ou ayant fait des études supérieures ne se retrouvent que très peu ou alors pas du tout parmi les recrues”.
Face à cette réalité, plusieurs questions se posent, notamment celle de savoir si l’armée est uniquement réservée aux moins ambitieux. Une très mauvaise conception malheureusement engendrée par des stéréotypes de longue date et qui ont la peau dure.
Depuis plusieurs décennies, dans de nombreuses régions du Nord-Kivu, la carrière militaire a toujours été considérée comme une option réservée à ceux qui ont perdu tout espoir de réussir dans la vie. “En réalité, cette perception de la population est le résultat d’une mauvaise initiation au patriotisme et à la sensibilisation dans ces régions où le commerce et l’agriculture sont les principales activités”, reconnaît Chrinovic Rehema, un jeune leader de Beni.
“Dès notre plus jeune âge, nos parents nous ont montré que seules des carrières telles que la politique, l’enseignement ou l’administration peuvent faire d’une personne un acteur important de la société”, a déclaré Rehema, ajoutant que la plupart des parents n’encouragent pas leurs enfants à rejoindre l’armée, et encore moins la communauté. “Et lorsqu’un jeune décide de rejoindre l’armée, certains parents le considèrent comme un enfant perdu, un enfant qui ne servira jamais sa famille”, a-t-il poursuivi.
Pour ce jeune homme, certains jeunes talentueux qui serviraient bien la Nation hésitent encore à s’engager dans l’armée à cause des perceptions erronées que les communautés ont de la carrière militaire.
Et si l’Etat améliorait les conditions de vie des militaires ?
Interrogés sur leur réticence à rejoindre l’armée, plusieurs jeunes de Beni ont admis que “le traitement que l’Etat réserve aux militaires et aux policiers n’encourage pas les jeunes ambitieux à rejoindre ces services de l’Etat”.
“Un salaire indécent couplé à des conditions de vie déplorables pour une personne qui jure de défendre la Nation au péril de sa vie est tout simplement inacceptable”, commente Joel Adubango, un jeune habitant de Beni qui nourrit de grands espoirs pour une carrière militaire.
Pour encourager les jeunes à rejoindre l’armée et la police, l’État devrait d’abord améliorer le salaire et les conditions de vie des militaires, a-t-il déclaré. “De nombreux soldats et les personnes à leurs charges vivent dans la vulnérabilité. Et le cas des retraités est encore pire, cette situation est assez décourageante”.
Outre les raisons formulées par les deux précédents jeunes, certains habitants ont expliqué leur réticence par le comportement de certains militaires et policiers envers la population civile.
“Lorsqu’un jeune est intimidé par un soldat au bout d’une ruelle, ou qu’il est battu par un policier lors d’une manifestation, il pense que la carrière militaire n’est peut-être réservée qu’aux hommes brutaux et sévères” estime Simeon Muyisa, étudiant à la faculté d’informatique et de gestion d’une université locale. Face à cette situation, “de nombreux jeunes disent qu’ils n’ont pas leur place dans l’armée ou la police. Cependant, lorsqu’un soldat ou un policier vient au secours de la population lors d’un vol par exemple, la population se réjouit et cela motive les jeunes à envisager une carrière dans l’armée ».
Pour ce jeune étudiant, les militaires et les policiers doivent être des héros pour la population et ne pas être caractérisés par la brutalité, afin que les jeunes aient une bonne raison de suivre leur exemple.
Il convient de noter que suite aux opérations militaires en cours dans la région de Beni, l’armée a mené plusieurs campagnes pour recruter des jeunes dans cette région afin qu’ils puissent participer au rétablissement de la paix dans leur environnement. Cependant, de nombreux jeunes talentueux hésitent encore à répondre à l’appel de l’armée.