Pour la société civile du Nord-Kivu, le Rwanda doit aussi ouvrir un dialogue avec les FDLR
La délégation de la province du Nord-Kivu a élaboré une série de recommandations au président d’honneur du Kenya, Uhuru Kenyatta, pour permettre la pacification de l’Est du pays.
Le Rwanda, qui agresse la République démocratique du Congo par le biais du M23, devrait aussi ouvrir un dialogue avec les FDLR qui, bien qu’ayant passé de nombreuses années sur le territoire congolais, restent des sujets rwandais à part entière. C’est l’une des demandes formulées par la société civile du Nord-Kivu lors de la rencontre avec Uhuru Kenyatta, désigné par son successeur comme facilitateur du processus de Nairobi où les discussions vont prochainement être ouvertes pour régler le problème « M23 ».
« Pour le cas spécifique du Nord-Kivu, le Rwanda devra engager un dialogue avec les FDLR », a déclaré la délégation de cette province de l’Est de la RDC, qui demande également à l’Ouganda de s’impliquer davantage et de manière sincère dans la recherche de solutions aux problèmes liés à la présence des ADF dans le territoire de Beni et de cesser de soutenir le M23 dans le territoire de Rutshuru. Celle-ci explique que cela est essentiel pour soutenir toute initiative visant à rétablir la paix et l’harmonie dans la sous-région. La délégation affirme que tous les pays étrangers doivent par conséquent engager un dialogue constructif avec les groupes armés de leurs pays qui écument l’Est de la RDC.
Les représentants de la population du Nord-Kivu dans ces assises ont en effet indiqué qu’il était grand temps que le problème de l’insécurité soit résolu. Car, avance cette délégation, cette crise qui endeuille la population du Nord-Kivu, fait des milliers de morts, de victimes, engendre des déplacements massifs de personnes, et cause la destruction des infrastructures sociales de base, notamment les écoles et les hôpitaux. L’incendie des véhicules et des biens, ce qui fragilise énormément le tissu socio-économique de la province, est également à déplorer.
Ainsi, énumérant les attentes et recommandations de la population qu’elle dit être « meurtrie », suite à l’impasse des processus de dialogue similaires à celui de Nairobi, qui n’ont jamais abouti à cause de certaines failles qui auraient pu être évitées pour parvenir à une paix durable, la société civile du Nord-Kivu estime également qu’il est crucial de “bien identifier les groupes armés afin de les comprendre en distinguant les locaux des étrangers, sans oublier les raisons pour lesquelles chaque groupe est né”.
Elle insiste également sur le fait que tous les groupes armés, locaux et étrangers, y compris le M23, doivent déposer les armes et rejoindre le processus de dialogue. Quant aux groupes armés locaux, ils devront s’intégrer dans le programme de la DDRCS. Cependant, le DDRCS devrait être sous la direction de facilitateurs neutres, apolitiques et n’ayant pris part à aucun des groupes armés susmentionnés, afin de renforcer le soutien et la confiance de tous les groupes armés locaux bénéficiaires dudit programme, ainsi que de toutes les autres parties prenantes.
La délégation du Nord-Kivutian soutient également que la composante réintégration communautaire du programme P-DDRCS devrait être bien définie, notamment en ce qui concerne le rôle et la responsabilité des communautés locales et son impact sur le développement communautaire dans son ensemble. « Afin d’éviter les erreurs commises par d’autres forces précédemment envoyées à l’est de la RDC, il est également important d’assurer la neutralité de tous les éléments constituant la force régionale de l’EAC destinée à combattre les groupes armés à l’est de la RDC en soutien aux FARDC. Cette force doit être offensive, et non dissuasive ou d’interposition », insiste le document.
Les pays membres de l’EAC qui sont impliqués dans le soutien aux groupes armés à l’est de la RDC, ajoute la société civile, doivent être condamnés et sanctionnés par les autres membres de cette communauté. Leurs forces ne devraient pas faire partie de la force sous-régionale concernée. « Les cas de viols et de violences à l’égard des femmes utilisées comme armes de guerre ainsi que les autres victimes doivent être associés au processus de Nairobi afin de prendre en compte leurs paroles et ne pas se focaliser uniquement sur les auteurs », indique la structure, soulignant que cela doit aboutir à la mise en place d’une justice transitionnelle afin de consolider la paix, la cohésion sociale, renforcer les mécanismes de répression des crimes graves et assurer la réparation des dommages.
« Dans le même ordre d’idées, nous constatons que de nombreuses personnes traumatisées par cette insécurité récurrente méritent d’être détraumatisées par un programme approprié car la force et l’avenir d’une nation, c’est son peuple », indique-t-elle, expliquant également que le processus de Nairobi doit s’accompagner, entre autres, de “la mobilisation de ressources pour la mise en œuvre de projets fédérateurs et intégrateurs susceptibles d’avoir un impact positif sur la paix la sécurité et la cohésion sociale. Ces fonds mobilisés serviront notamment à financer les projets tels que les infrastructures routières, l’électrification, l’agriculture, l’amélioration de la pèche, d’après la structure citoyenne”.
Elle espère par ailleurs que le processus de Nairobi veillera à renforcer au niveau des États de l’EAC le mécanisme de coopération pour la traçabilité des ressources naturelles exploitées à l’Est de la RDC de manière à décourager la commercialisation illicite desdites ressources et qu’elle accompagnera la RDC dans la recherche des solutions aux problèmes des réfugies.