RDC : Human Rights Watch remet en cause l’efficacité de l’état de siège après un bilan de près de 672 civils tués depuis le mois de Mai
Les données recueillies par le Baromètre de sécurité du Kivu indiquent qu’entre l’entrée en vigueur de l’état de siège le 6 mai et le 10 septembre, divers groupes armés, dont certains restent non identifiés, ont tué au moins 672 civils.
Thomas Fessy, chercheur principal sur la RDC pour l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, a déclaré : « Alors que le gouvernement congolais reconnaît la nécessité d’assurer une plus grande sécurité en Ituri et au Nord-Kivu, l’imposition de l’état de siège n’a pas permis d’y parvenir ».
Et selon un rapport publié par l’organisation le mercredi 15 septembre, « les attaques perpétrées contre des civils par des groupes armés se sont poursuivies dans deux provinces en proie aux conflits dans l’est de la République démocratique du Congo, depuis que le gouvernement a instauré l’état de siège en mai 2021 ».
Le même rapport affirme que l’un des nombreux massacres perpétrés en août met en évidence l’insécurité persistante dans la région et l’insuffisance de la réponse militaire.
Il s’agit notamment de l’attaque du 2 août contre le village d’Idohu en Ituri, où les Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé islamiste dirigé par des ougandais, ont tué au moins 16 civils, dont deux femmes, selon Human Rights Watch.
Sur ce, l’organisation de défense des droits de l’homme a déclaré : « Bien que le gouvernement tente de présenter ses actions comme des succès militaires, de nombreuses personnes dans l’est de la RD Congo vivent toujours dans la peur constante du prochain massacre ».
HWR déplore en outre le fait qu’en dépit du fait que le président Felix Tshisekedi ait remis le pouvoir aux militaires dans un effort pour rétablir la sécurité dans la région, le nombre des civils tués dans les attaques est resté largement inchangé.
Plusieurs couches sociales demandent la levée de l’état de siège
La question de la levée de l’état de siège a été soulevée à plusieurs reprises par certaines personnalités du Nord-Kivu et de l’Ituri, dont certains députés provinciaux qui estiment que cette mesure ne devrait concerner que les régions en proie à l’activisme des groupes armés.
Pour l’honorable Jean-Paul Ngahangondi, député provincial élu du territoire de Beni, « la RDC a déjà gagné plusieurs guerres sans avoir eu recours à l’état de siège », dit-il en référence aux guerres menées contre Bundu dia Kongo, le CNDP et le M23. Dans une déclaration à la presse en juillet dernier, l’élu du territoire de Beni avait également affirmé que le pays n’avait pas besoin de l’état de siège pour vaincre les ADF.
Le lundi 13 septembre, des originaires de l’Est, principalement de Beni et d’Ituri, sont descendus dans les rues de Kinshasa pour protester contre les massacres continus des civils à Beni et en Ituri.
Dans un mémorandum remis au président de la République et au président de l’Assemblée nationale, ces compatriotes dressent un tableau sombre de plus de 8 000 civils tués depuis 2014, des centaines de villages abandonnés et des milliers de personnes portées disparues ainsi que plus de 600 autres tués au Nord-Kivu et en Ituri depuis l’instauration de l’état de siège. Ces manifestants ont, dans leurs revendications, exigé le remplacement de l’état de siège par d’autres dispositions plus efficaces.
Par Nicole Lufungi