Le ministre français de l'Industrie, Roland Lescure, a suscité l’indignation en répondant à une question concernant la situation sécuritaire en République démocratique du Congo (RDC) lors d'une table ronde sur la transition écologique à l'École polytechnique de Paris le vendredi 16 février 2023.
Tout est parti d’une question que l’étudiant d’origine congolaise, Poncia Nyembo, présent dans la salle, a posé au ministre français de l’Industrie, Roland Lescure. Le premier volet de la question portait sur la position de la France concernant la guerre asymétrique que le Rwanda impose à la RDC via le M23, dans le contexte de la transition écologique.
Seulement, le ministre Français, qui cachait mal son malaise, a choqué l'opinion en donnant une réponse plutôt surprenante, au regard du rôle que joue son pays dans la recherche d’une solution à cette guerre. En effet, à l’aube d'une visite très attendue du président Macron à Kinshasa, en mars, Roland Lescure a tout simplement affirmé : "Ne pas connaître suffisamment la situation sur le terrain en République Démocratique du Congo".
Une réponse qui a dans la foulée suscité la colère de Poncia Nyembo, et celle d’autres Congolais ayant pris connaissance de cet échange. "J'ai été très attristé par la position du ministre délégué qui prétendait ne pas pouvoir répondre à la question car il ne connaissait pas suffisamment la situation sur le terrain en RDCongo", a commenté Poncia Nyembo, revenant sur cet épisode qui, selon plusieurs observateurs, devrait attirer l'attention des autorités de Kinshasa.
Commentant la réponse de ce membre du gouvernement français, P. Nyembo s'est dit déçu de la réponse du ministre Lescure, soulignant que la transition énergétique implique une connaissance approfondie de l'exploitation des matières premières, qui sont actuellement obtenues au prix de la vie des Congolais.
“Comment peut-on prévoir la transition énergétique qui sous-entend prévoir les chaînes d’approvisionnement qui permettent d’acquérir les matières premières sans connaître la situation de leur exploitation”, a réagi l’étudiant d’origine congolaise, visiblement remonté. “J’ai dit au ministre que les congolais étaient massacrés pour cette course vers la transition énergétique, et je lui ai demandé que pouvait faire la France pour mettre un terme à une telle situation qui crache sur notre humanité commune … visiblement le ministre était mal à l’aise”, a-t-il ajouté.
Cette réponse du ministre français intervient alors que l'Élysée cherche à jouer un rôle de premier plan dans la résolution du conflit entre la RDC et son belliqueux voisin rwandais. En septembre dernier, plusieurs sources concordantes et plusieurs médias, dont le magazine Jeune Afrique, avaient rapporté que le président Emmanuel Macron s'était entretenu au téléphone avec les présidents rwandais, Paul Kagame, et congolais, Félix Tshisekedi, pour tenter de résoudre le conflit. Parallèlement, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) avait entamé un dialogue avec les services de renseignement congolais et rwandais. Dans la même veine, il a été rapporté que la rencontre entre les présidents des trois pays à New York était le résultat de plusieurs semaines d'efforts discrets de Paris pour gagner en influence dans la région des Grands Lacs.
La réaction du ministre français de l'Industrie soulève dans l’opinion publique congolaise des interrogations quant à l'engagement de la France à résoudre la crise sécuritaire qui sévit actuellement en RDC, avec comme instigateur, le Rwanda. Pourtant, le président français Emmanuel Macron doit se rendre en République Démocratique du Congo en mars prochain. Une visite qui pourrait être l'occasion de renforcer les relations entre les deux pays et mais également de trouver des voies et moyens pour la résolution de la crise.
Pour l'instant, Kinshasa n'a pas encore réagi à cette réaction brève mais révélatrice d'un membre du gouvernement français, concernant une question aussi cruciale qui devrait normalement figurer à l'agenda d'Emmanuel Macron. Il est également difficile de confirmer si le ministre français de l'Industrie a été honnête dans sa réponse, ou s'il n'a tout simplement pas voulu répondre à la question par crainte de froisser les autorités rwandaises.
Pour rappel, lors de la pré-COP 27 qui s'est déroulée du 3 au 5 octobre 2022, les autorités congolaises ont réaffirmé les ambitions de la RDC en matière de transition énergétique. Plus tôt en juin 2022, lors du forum national sur les opportunités liées à la transition énergétique dans le secteur minier, Godard Motemona Gibolum, qui est le vice-ministre des Mines, a indiqué qu'en tant que premier producteur mondial de cobalt et disposant des plus grandes réserves de cobalt et de lithium, la RDC est au cœur des enjeux stratégiques liés à l'approvisionnement mondial de ces minéraux critiques. En effet, la RDC a produit 74% de la production mondiale de cobalt en 2021. Dans l’opinion congolaise plusieurs s’interrogent si l’on peut parler de la transition énergétique sans savoir ce qui se passe en RDC, qui est pourtant l'un des acteurs importants de ce changement et surtout qu’une partie non négligeable d’une province aussi importante qu’est le Nord-Kivu est sous le feu ennemi?
KMC, Kinshasa