Six ans se sont écoulés depuis la mort tragique de Kizito Mihigo, ce chanteur, compositeur et militant pour la paix qui avait fait de sa musique un instrument de réconciliation dans un Rwanda encore marqué par les cicatrices du génocide. Mais si sa voix s’est tue, son message, lui, résonne toujours au-delà des frontières et du temps.
Né en 1981 à Kibeho et mort le 17 février 2020 dans des circonstances dures à élucider, Kizito Mihigo a survécu à l’horreur du génocide de 1994, une tragédie qui a fauché son père et une partie de sa famille. Transformant la douleur en création, il s’est rapidement imposé comme l’une des figures culturelles les plus influentes du pays, utilisant la musique sacrée et le gospel pour panser les blessures collectives et inviter au pardon.
Sa carrière, brillante mais marquée par la controverse, l’a conduit à défier certains discours officiels sur le génocide à travers ses compositions. Une chanson critique « Mon Frère Congolais » sortie en 2014 lui valut l’arrestation et une peine de dix (10) ans de prison, suivie d’une grâce présidentielle en 2018. Mais le destin fut implacable : en février 2020, alors qu’il tentait de quitter le pays, il fut arrêté à nouveau et retrouvé mort dans sa cellule. Les circonstances exactes restent contestées, alimentant des appels internationaux pour une enquête indépendante.
Pourtant, aujourd’hui, son héritage dépasse la tragédie de sa fin. Les mélodies de Kizito Mihigo continuent de voyager à travers le Rwanda et au-delà, portées par ceux qui croient en la force de la réconciliation et de l’art comme moteur de transformation sociale. Ses chants ne sont plus seulement des notes sur une partition : ils sont un symbole de résistance, de mémoire et d’espérance.
À Kigali, et dans le cœur de nombreux Rwandais et amateurs de musique à travers le monde, le 17 février reste un jour de recueillement et de réflexion. Un jour pour se souvenir que, même face aux silences imposés par l’injustice, certaines voix ne meurent jamais.
Kizito Mihigo, artiste, survivant, messager de paix sa musique continue de parler quand le monde se tait.
Diddy Mastaki