La situation des défenseurs de l’environnement sur l’ensemble du pays reste alarmante, particulièrement dans les provinces de l’Ituri, du Maniema, du Haut-Uélé, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Depuis le début de l’année 2026, neuf (09) acteurs de la société civile et défenseurs des droits de l’environnement ont été assassinés, tandis que 16 autres sont victimes de poursuites judiciaires, alors que la plupart exerçaient pleinement leur travail.
Ce chiffre alarmant a été présenté ce jeudi 14 mai 2026 à Kinshasa, à la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), par le consortium Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH) et le Foyer de Développement pour l’Autopromotion des Personnes Indigentes et en Détresse (FDAPID), au cours d’un point de presse organisé autour d’une note de plaidoyer. L’objectif de ce plaidoyer est de renforcer la protection juridique des défenseurs de l’environnement et de décourager l’impunité.
« La RDC possède d’immenses richesses forestières, minières et foncières qui constituent un patrimoine vital pour les communautés locales, les peuples autochtones et les générations futures. Cependant, celles et ceux qui s’engagent pacifiquement pour la protection de l’environnement, la défense des terres communautaires et la gestion durable des ressources naturelles continuent de faire face à de nombreuses menaces », dénonce le lead de ce consortium, Vicar Batundi Hangi.
Revenant sur le bilan des cas d’atteinte à la vie des défenseurs de l’environnement, Vicar Batundi Hangi dresse un tableau sombre et inquiétant.
« Entre janvier et début mai 2026, le consortium FDAPID-ACEDH a documenté 9 cas d’assassinats et 16 cas de poursuites judiciaires contre ces défenseurs dans les provinces du Maniema, du Haut-Uélé, de la Tshopo, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Équateur. Parmi eux figure un dossier en appel pour avoir dénoncé l’exploitation illicite du bois rouge, ainsi qu’un autre transmis pour fixation devant le Parquet près le Tribunal de paix de Kindu, dans la province du Maniema, contre trois défenseurs ayant publié, le 7 décembre 2025, le rapport d’une étude dont les résultats montrent les conséquences de la pollution des rivières et de l’exploitation illégale menée par des sociétés minières dans les provinces du Maniema et de la Tshopo », a-t-il déclaré.
Cette situation fragilise non seulement l’espace civique, mais compromet également les efforts de gouvernance responsable et de développement durable de la RDC, reconnue mondialement comme une solution face au changement climatique et comme un acteur central de la transition énergétique et de l’économie verte.
« À travers ce point de presse, nous voulons attirer l’attention des autorités nationales, des partenaires internationaux, des entreprises extractives ainsi que de l’opinion publique sur l’urgence de garantir la protection et la sécurité des sentinelles de la planète contre toute forme de menace. Ici et maintenant, nous réaffirmons que la protection des défenseurs des droits humains est une obligation légale et morale, conformément à la Constitution congolaise, à la loi n°23/027 du 15 juin 2023 relative à la protection et à la responsabilité du défenseur des droits de l’homme en RDC, ainsi qu’aux instruments juridiques régionaux et internationaux », ajoute Vicar Batundi Hangi.
Le président de la CNDH, Paul N’sapu Mukulu, a salué cette démarche citoyenne menée par le consortium FDAPID-ACEDH pour la protection des défenseurs de l’environnement et des droits fonciers. Il précise que sa structure applique déjà la loi portant protection des défenseurs de l’environnement. Il indique que, lors des dernières élections, la CNDH n’a pas hésité à intervenir et à appliquer cette loi afin d’obtenir la libération des défenseurs des droits de l’homme qui observaient le processus électoral.
Par ce plaidoyer, ce consortium recommande au ministre de la Justice de peser de tout son poids afin d’inciter la justice à mener des enquêtes sur les attaques et assassinats visant les défenseurs de l’environnement. Il recommande également aux ministères de l’Intérieur, de la Justice, de l’Environnement, des Mines et des Hydrocarbures de mettre en place des mécanismes de coordination interministérielle afin de prendre en considération tous les aspects holistiques liés aux activités d’exploitation minière, pétrolière et forestière.
Pacheco Kavundama