Une vive psychose s'est emparée ces dernières semaines des habitants de Kibirizi, dans le territoire de Rutshuru (Nord-Kivu). Convaincue à tort de l'arrivée de la maladie à virus Ebola, la population boude l'Hôpital général de référence (HGR). Les autorités sanitaires tirent la sonnette d'alarme face au danger de cette désertification médicale.
Depuis la fin du mois de juin, les couloirs de l'HGR de Kibirizi affichent un visage inhabituel : le nombre de patients a chuté de manière drastique. En cause, une rumeur persistante alimentée par une mauvaise interprétation de l'actualité sanitaire locale.
Récemment, un site d'isolement destiné à la prise en charge d'éventuels cas suspects a été installé au sein de l'hôpital. Loin d'annoncer une épidémie, ce dispositif préventif vise à anticiper toute urgence. Une nuance cruciale que le Dr Balikwisha Lambert, médecin directeur de l'HGR, tente de marteler auprès de la population : « Il ne faut pas que les gens aient peur de ces installations d'isolement pour Ebola. C'est pour prévenir la maladie à virus Ebola. Cela ne signifie pas que la maladie est déjà signalée dans notre zone ».
Le constat des équipes médicales est amer. Pris de panique à l'idée d'être contaminés ou stigmatisés, de nombreux malades préfèrent fuir l'hôpital ou retarder leurs consultations, quitte à mettre leur vie en péril pour des pathologies pourtant bénignes ou courantes.
« Nous voyons des gens en faire une mauvaise interprétation en disant que la maladie est déjà signalée dans la zone. Ils ont peur de fréquenter les hôpitaux. Nous assistons à une baisse de fréquentation des malades, ils nous fuient », déplore le Dr Balikwisha Lambert.
Le médecin rappelle par ailleurs que ces mesures ne se limitent pas à Kibirizi : des espaces d'isolement similaires ont également été aménagés dans d'autres structures de la région, notamment à Kalonge. Leur rôle est purement technique et sécuritaire : isoler temporairement tout patient présentant une forte fièvre ou des symptômes suspects, le temps d'effectuer les examens requis.
« Quand un enfant présente une forte fièvre ou d'autres signes suspects et qu'il est gardé à l'hôpital, il ne faut pas en avoir peur », rassure-t-il.
Cette précaution s'inscrit dans une politique globale de préparation dans une province du Nord-Kivu régulièrement meurtrie par le passé par des épidémies d'Ebola. Les autorités sanitaires locales et provinciales multiplient les actions anticipatives pour bétonner le système de surveillance et éviter toute propagation surprise.
À ce jour, aucun cas confirmé d'Ebola n'a été enregistré dans la zone de santé de Kibirizi. Face à la psychose, le corps médical lance un appel pressant au calme et à la raison, exhortant la population à tourner le dos aux rumeurs et à fréquenter sans crainte les centres de santé pour se faire soigner en toute sécurité.
Gloiredo Ngise