Depuis le 30 avril 2024, la coalition AFC-M23 occupe et contrôle le village de Rubaya et toute la zone minière autour de Rubaya dans le territoire de Masisi, en province du Nord-Kivu, où le coltan, l’étain (cassitérite) et le manganèse continuent d’être illicitement extraits.
Le 8 mai, après une reprise brève et limitée en avril 2024, l’Initiative de la chaîne d’approvisionnement en étain a de nouveau suspendu toutes les opérations de marquage dans le territoire de Masisi.
La coalition rebelle AFC-M23 contrôlait des centres de négoce à Rubaya et Mushaki ainsi que des routes de transport des minéraux de Rubaya au Rwanda, où ceux-ci étaient mélangés à la production Rwandaise, révèlent le dernier rapport des experts de l'ONU sur la République Démocratique du Congo.
Il s’agit de la contamination la plus importante jamais enregistrée des chaînes d’approvisionnement de minéraux « 3T » (étain, tantale et tungstène) ne remplissant pas les conditions requises, dans la région des Grands-Lacs, ces dix (10) dernières années.
La coalition AFC-M23 a exercé le monopole de l’exportation de coltan de Rubaya au Rwanda, donnant la priorité au commerce de gros volumes et prélevant des taxes importantes.
L’extraction frauduleuse, le commerce et l’exportation vers le Rwanda des minéraux de Rubaya ont donc bénéficié à la fois à la coalition AFC-M23 et à l’économie Rwandaise.
Dès les premiers jours de l’occupation de Rubaya, Corneille Nangaa, s’exprimant publiquement au nom de l’AFC et du M23, a exhorté les acteurs présents dans la zone à poursuivre les activités minières et commerciales.
Le nombre total de creuseurs à Rubaya est resté pratiquement inchangé, indique le rapport, néanmoins, la coalition AFC-M23 a expulsé de Rubaya, Shamamba Barigaruye Enoch, le chef de la Coopérative des mineurs artisanaux de Masisi et de la Coalition des patriotes résistants Congolais.
La coalition AFC-M23, basée à Mushaki, a organisé tous les aspects de la production, du commerce et du transport des minéraux, mettant en place une administration semblable à celle d’un État. Elle a créé un « ministère » chargé de l’exploitation des minéraux dans la zone de commerce de Rubaya. Ce « ministère » a délivré des permis aux creuseurs et aux opérateurs économiques, portant la mention « République Démocratique du Congo, Province du Nord-Kivu ».
Pour en obtenir, il fallait fournir des documents d’identification. Les creuseurs et les opérateurs économiques devaient payer une redevance annuelle de 25 et 250 dollars, respectivement.
La coalition AFC-M23 a doublé les salaires des creuseurs, persuadant ainsi la plupart d’entre eux de rester à Rubaya, poursuit le document des experts de l'ONU sur la RDC.
Les combattants du M23 patrouillaient la cité de Rubaya et les sites miniers pour s’assurer que les opérateurs économiques et les creuseurs ne vendaient les minéraux qu’aux opérateurs économiques Congolais et Rwandais autorisés par la coalition AFC-M23.
En cas de non-respect, indique le rapport, des règles imposées par la coalition, la sanction était l’arrestation et la détention à Mushaki. La coalition AFC-M23 contrôlait toute la route allant de la zone minière à la frontière Rwandaise.
Les minéraux de Rubaya passaient par Bihambwe, Mushaki et Kirolirwe, dans le territoire de Masisi, Kitshanga, Kizimba, Bishusha, Mulimbi, Tongo et Kalengera, dans le territoire de Rutshuru ; et Kibumba, dans le territoire de Nyiragongo.
D’après des images satellites, les minéraux arrivaient sur un parking à côté du marché de Kibumba avant d’être chargés dans des camions de gros tonnage qui venaient du Rwanda et entraient en République Démocratique du Congo par Kabuhanga.
La coalition AFC-M23 a imposé le « Salongo » (travail communautaire), forçant la population à élargir les routes entre Kibumba et Kabuhanga et entre Rubaya et Kirolirwe, pour permettre le passage des Camions.
À Rubaya, des personnes ayant vu les convois de minéraux de la coalition AFC-M23 ont dit que ceux-ci étaient chargés deux fois par semaine dans des convois de quatre à cinq véhicules capables de transporter jusqu’à cinq tonnes par chargement.
De la mi-mai à la fin octobre, la fréquence et les volumes de minéraux quittant Rubaya ont été réguliers. La coalition AFC-M23 contrôlait ainsi le commerce et le transport d’environ 120 tonnes de coltan par mois.
La coalition AFC-M23 prélevait des taxes et des paiements en nature sur la vente et le transport des minéraux. Une taxe de sept (07) dollars par kilogramme était prélevée sur le coltan et le manganèse et de quatre (04) dollars sur l’étain (Cassitérite).
L’impôt sur la production et le commerce du coltan à Rubaya a ainsi généré au moins 800 000 dollars par mois pour la coalition AFC-M23.
Merveilles Kiro