La ville de Goma et ses environs font face à une crise humanitaire sans précédent après les violents affrontements qui ont secoué la région. Selon les premières évaluations, au moins neuf cent (900) personnes ont été tuées et près de 2 880 blessées entre le 26 et le 30 janvier. De nombreux corps jonchent encore les rues de la ville, exacerbant les risques sanitaires.
La quasi-totalité des sites de déplacés situés sur l’axe Kanyaruchinya ont été détruits, forçant des milliers de personnes à fuir vers Goma. Cependant, face à l’insécurité persistante et aux conditions de vie précaires, un grand nombre de déplacés a commencé à regagner leurs localités d’origine sur l’axe Kibumba-Rutshuru. Les infrastructures essentielles, telles que les installations d’eau, les latrines et les structures de santé, ont été anéanties, compliquant encore davantage l'accès aux services de base.
En parallèle aux combats, des actes de criminalité ont été signalés dans plusieurs quartiers de Goma. Le 1er février, des sources locales ont rapporté le pillage et le vol de véhicules appartenant à la Division Provinciale de la Santé (DPS) et à une ONG partenaire du HCR. Le 2 février, un autre véhicule humanitaire a été emporté par des hommes armés. Si aucune violence physique n’a été signalée à la suite de ces incidents, la recrudescence des pillages inquiète les populations.
Des groupes armés auraient également profité du chaos pour commettre des pillages et des viols dans plusieurs quartiers, notamment Majengo, Virunga, Birere, ainsi qu’aux abords de l’aéroport et du rond-point Instigo. Des organisations humanitaires telles que le PAM, le CICR, MSF, le HCR et l’OMS ont vu leurs entrepôts pillés les 28 et 29 janvier, mettant en péril l’aide humanitaire destinée aux populations vulnérables.
Face à l'afflux massif de blessés, les structures sanitaires de Goma sont saturées. Selon une évaluation de la Division Provinciale de la Santé du Nord-Kivu, environ 2 880 blessés ont été admis dans les différents établissements médicaux de la ville. Les besoins en médicaments, en carburant et en matériel chirurgical sont urgents.
De plus, l’OMS alerte sur un risque élevé de propagation de la Mpox, du choléra et de la rougeole, en raison des mauvaises conditions d’hygiène et des déplacements de population. Avec l’appui du CICR, la Croix-Rouge Congolaise a déjà récupéré plus de 900 corps dans les rues, sans compter ceux entreposés dans les morgues, augmentant ainsi le risque de contamination.
Malgré cette situation critique, les activités économiques commencent progressivement à reprendre dans certains quartiers. Des commerces et des boutiques pillés évaluent les pertes et s’attellent au nettoyage. Cependant, les écoles et les universités restent fermées, et l’Internet demeure coupé, limitant l’accès à l’information et aux services numériques.
En revanche, la réouverture de la frontière de la Grande Barrière avec Gisenyi (Rwanda) facilite les déplacements des habitants et la circulation des marchandises, offrant un mince espoir de reprise. Toutefois, à la Petite Barrière, particulièrement dans le quartier Mapendo, de nombreuses habitations restent endommagées, témoignage des violents affrontements qui ont ravagé la zone.
Face à cette crise, les ONG et les autorités locales sont appelées à renforcer la réponse humanitaire pour éviter une catastrophe sanitaire et sociale. Les besoins les plus pressants concernent l’accès aux soins médicaux, l’eau potable, les abris et la sécurité.
Alors que la ville tente de panser ses blessures, la situation reste extrêmement volatile et nécessite une intervention rapide des autorités et des partenaires humanitaires.
Gloiredo Ngise