« Je veux seulement trois choses de la RDC : (a) qu’on arrête de tuer mon peuple, les Hima-Tutsi ; (b) la révocation du très toxique gouverneur de l’Ituri, Luboya ; (c) un remboursement pour notre ambassade que vous avez incendiée », a déclaré le général Ougandais Muhoozi Kainerugaba, jeudi soir sur X (anciennement Twitter), dans une publication qui relance les interrogations sur ses accointances avec le groupe rebelle M23 et sur son positionnement trouble dans la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC.
Fils du Président Yoweri Museveni et haut responsable militaire Ougandais, Muhoozi s’est fait remarquer ces derniers mois par des prises de parole provocatrices, mêlant revendications identitaires et critiques ouvertes contre les autorités Congolaises, sans pour autant susciter la moindre sanction ou condamnation officielle de la part de son pays, ni de la RDC, encore moins de la communauté internationale.
Une posture ambigüe au cœur des tensions
Bien que Muhoozi ne revendique aucun lien formel avec le M23, ses prises de position répétées en faveur des Tutsi-Hima, et son insistance sur la « protection » de ces populations, rappellent fortement le discours que tient le M23 pour justifier ses attaques dans le Nord-Kivu. Sa demande de révocation du gouverneur militaire de l’Ituri, le général Luboya, s’apparente également à une ingérence directe dans les affaires intérieures congolaises.
En utilisant un ton accusateur, Muhoozi cherche à faire porter à Kinshasa la responsabilité d’un supposé « massacre » de communautés dont il se proclame le défenseur, sans fournir d’éléments probants. Ce discours identitaire, dans un contexte régional aussi sensible, constitue une menace potentielle pour la cohésion sociale et la stabilité sous-régionale.
Malgré la portée de ses déclarations, aucun rappel à l’ordre n’a été enregistré du côté de Kampala. Ce silence pourrait s’expliquer par son statut privilégié au sein du régime ougandais, où il est pressenti comme successeur de son père. Mais il révèle aussi un double jeu régional, où certains États entretiennent une forme de tolérance stratégique vis-à-vis de groupes armés comme le M23.
De son côté, Kinshasa n’a émis aucune réaction officielle face à ces propos, qui mettent pourtant en cause directement les institutions Congolaises. Ce mutisme interroge, alors que la situation sécuritaire continue de se dégrader dans l’Est.
Vers une normalisation du discours belliqueux ?
L’absence de condamnation de la part de l’Union Africaine, des Nations-Unies ou des partenaires internationaux contribue à banaliser des propos qui, en d’autres circonstances, auraient pu être qualifiés d’incitatifs à la haine ou d’acte de provocation diplomatique.
En pleine crise sécuritaire, alors que des centaines de milliers de civils sont déplacés par les violences du M23 et d’autres groupes armés, les déclarations de Muhoozi risquent d’alimenter davantage les tensions et de compliquer les efforts de paix dans la région des Grands-Lacs.
Diddy MASTAKI