Déjà meurtrie par l’insécurité grandissante liée à la présence de la rébellion du M23, la ville de Goma fait désormais face à un autre fléau, plus silencieux mais tout aussi ravageur : la flambée du taux de change. Cette instabilité monétaire plonge les habitants dans une nouvelle forme de précarité, transformant la survie quotidienne en un véritable parcours du combattant.
Au cœur de cette crise, une disparité inquiétante : alors que dans le commerce de gros, le dollar Américain s’échange entre 3300 et 3500 Francs Congolais, les détaillants, eux, sont contraints de vendre au taux de 2800 à 2850 francs, notamment dans les maisons de télécommunication et les points de vente de services de proximité. Un écart qui peut aller jusqu’à 700 Francs par dollar, creusant davantage le gouffre entre les différents segments du marché.
Une économie locale étranglée
« Nous ne savons plus comment travailler », se désole un commerçant de Birere, quartier populaire du centre-ville. « Le Franc Congolais perd de sa valeur chaque jour, mais les prix de nos marchandises ne suivent pas cette dynamique. On ne fait que travailler à perte ». Ce témoignage reflète le désespoir d’une majorité silencieuse qui voit fondre son pouvoir d’achat au rythme de la dépréciation de la monnaie nationale.
Avec une économie informelle largement dominée par les petites transactions, cette instabilité affecte directement les couches les plus vulnérables de la population. Et ce, dans un contexte où Goma reste largement coupée des circuits bancaires classiques et où les flux financiers sont réduits au minimum depuis l’occupation de la ville par le M23 en janvier dernier.
Des promesses oubliées
Lors de son premier meeting populaire après la prise de contrôle de la ville, le M23 avait promis de stabiliser le taux de change à 2500 Francs Congolais pour un dollar, tout en garantissant un retour progressif à la sécurité. Trois mois plus tard, ces promesses restent lettre morte, alimentant un sentiment de frustration et de méfiance croissante chez les Gomatraciens.
Dans les marchés, sur les étals de fortune, la colère gronde. Car au-delà des chiffres, ce sont les vies de milliers de familles qui vacillent sous le poids de cette crise économique galopante. Les denrées de première nécessité deviennent inaccessibles, les marges commerciales disparaissent, et l’espoir d’un redressement économique s’amenuise de jour en jour.
Un climat de guerre sur fond d’effondrement économique
La hausse du taux de change est entrain de devenir une nouvelle guerre pour les habitants de Goma, au même titre que l’insécurité armée. Une guerre qui ne fait pas de bruit, mais qui frappe à toutes les portes, de la plus modeste des échoppes au panier de la ménagère.
Dans cette ville de plus de deux (02) millions d’habitants, chaque jour est désormais une lutte pour l’équilibre entre la peur des balles et celle des chiffres.
Diddy MASTAKI